Lorsqu’un pouvoir n’est soutenu ni par la légalité constitutionnelle, ni par la légitimité populaire et qu’il ne peut même pas mesurer le degré de sa défaveur dans la population, il est en l’air et peut sombrer à n’importe quel moment. L’esprit de décision n’est pas en honneur à la Villa d’accueil ni à la Primature, sauf pour placer des comparses dans les rouages de l’État et disposer de ses maigres ressources à des fins vaines et futiles. Pendant ce temps, la grande majorité des résidents de Port-au-Prince et de ses faubourgs voient passer la vie sans en jouir et voue à l’exécration CPT et gouvernement. Conjoncture périlleuse où le peuple haïtien sent fermenter en lui son vieux sang de Vertières.

Haïti est au bord de l’anéantissement. On peut même dire aujourd’hui, pour paraphraser Mirabeau, qu’il n’est pas un État ayant des gangs, mais des gangs qui ont un État. Ces derniers ont établi depuis longtemps des droits de péage sur les personnes et des barrières d’octroi sur les marchandises en divers points des principales artères du pays qui est à l’os. Que font nos dirigeants ? Ils pérorent. Les plans pour lutter contre l’insécurité et relancer une économie languissante sont une pure fantaisie. Pensent-ils que le régime transitoire actuel, vu l’impossibilité d’organiser des élections crédibles, sera définitif? Sont-ils conscients qu’une simple décision des chefs de gangs d’autoriser des manifestations pacifiques suffirait pour que les rues soient occupées par des milliers de citoyens de tous bords en proie à des clameurs féroces contre le pouvoir et faire chavirer sa barque ?