Le plus grand drame du CPT et du gouvernement est qu’ils ne sont pas perçus comme une nécessité par aucun groupe social. Hormis quelques affairistes qui s’accommodent de l’anarchie dans laquelle est plongée la cité, le secteur privé lui-même, traditionnellement partisan de l’ordre, fait grief aux dirigeants actuels de ne pouvoir l’assurer. Quant aux partis et autres organisations ayant délégué des représentants au Conseil présidentiel de transition, il est urgent pour eux, vu l’impuissance stupéfiante de ce dernier, de s’en désolidariser et de ramener à la raison leur opportunisme, sous peine de perdre leur pertinence sur l’échiquier politique et de voir la vindicte populaire se focaliser sur eux.

Au moment où tout s’effondre, où la capitale est en proie à une folie meurtrière, où de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la torpeur des autorités, les conseillers-présidentiels, pour reprendre le mot de Clemenceau, s’accrochent au pouvoir avec des ongles mous. Leur insensibilité aux malheurs des déplacés, hagards et épuisés physiquement et moralement, fait rager. Leur grandiloquence pour dénoncer les forfaits des gangs exaspère. Ils s’endorment sur les bords de l’abîme, sans projets, sans résolution de combattre l’insécurité. Le coordonnateur du CPT lui-même a baissé les bras depuis son voyage en Europe et ne croit plus que dans un miracle pour sortir le pays du bourbier. Son invocation de Notre-Dame du Perpétuel Secours sonne comme une oraison funèbre.