La transmission (pacifique et programmée régulièrement) du pouvoir constitue en Haïti la limite majeure de notre pays, depuis toujours. L’inexistence du Conseil électoral permanent, après quarante années de processus démocratique lamentable, rappelle que la stabilité se réalise d’abord dans l’application des lois, des normes, des principes, et non dans le refus de la légalité, et la transgression constitutionnelle. D’où l’inefficacité et la nature étonnamment défaillante de l’institution électorale coiffée sporadiquement par des Conseils composés de personnalités tout autant lacunaires, sans expérience managériale souvent, sans vision ou conscience patriotique, parfois. C’est là un facteur chaotique qui ne milite pas en faveur d’un État stable qualitatif mais, au contraire, rend quasiment impossible le respect des échéances électorales, parallèlement aux manœuvres déloyales des pouvoirs en place et des oppositions radicales pour bloquer ou manipuler les processus électoraux. L’expérience post-Duvalier est hantée par la politique acharnée à conquérir le pouvoir pour le pouvoir et non à diriger dans le respect des catégories de pensée constitutionnelle, à gouverner en toute légalité.
In fine, on éprouve toujours à le dire comme une honte défaitiste, mais il est vrai que nous vivons aujourd’hui dans un pays sans dirigeants légitimes depuis cinq ans et qui a eu des élections générales il y a plus de dix ans. Dans un pays déchiré et polarisé par la violence des gangs et le discrédit/crétinisme des élites obsédées par l’argent facile, il reste toujours sidérant l’intérêt pour la question de savoir si la démocratie électorale est encore possible et, dans l’affirmative, comment elle est encore possible, ou nécessaire. Le piège électoral ressemble davantage à un labyrinthe sans issue. À vrai dire, un discrédit du mode de scrutin s’est amorcé également chez nous, parallèlement à la politisation de nombreuses organisations de la société civile et au taux très bas (régressif) de participation des électeurs, désenchantés et fatigués par la bêtise de nos élus et dirigeants, incapables et souvent inconséquents. Le pullulement des gangs en liaison avec les élections à travers des candidats utilisant tous les moyens n’a jamais été mis en question ainsi que les hommes d’affaires ou commerçants prêts à tout pour garantir leurs investissements.






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