Il y a, dans la sagesse populaire haïtienne, un proverbe qui dit : « Piti piti, zwazo fè nich li », ce qui signifie : petit à petit, l’oiseau fait son nid. C’est, en substance, le message que portent aujourd’hui toutes les initiatives d’éducation financière qui se multiplient dans le pays : la patience, l’accumulation progressive, la vertu du temps long. Le Gouverneur de la Banque centrale exhorte les jeunes à gérer leur argent. Les radios diffusent des émissions sur l’épargne. Les ateliers de littératie financière fleurissent.

Mais il y a, dans la réalité quotidienne, un autre proverbe qui s’impose avec la force du vécu : « Lè manman pa la, ou tete grann », autrement dit : quand la mère est absente, on tète la grand-mère. Quand l’économie formelle ne nourrit pas, quand le système bancaire est hors de portée, quand l’emploi n’existe pas, on se tourne vers ce qui est là. Et ce qui est là, pour des centaines de milliers de jeunes Haïtiens, c’est un écran de téléphone.