Il y a, dans certaines célébrations collectives, une intensité qui dépasse l'objet même qu'elles célèbrent. Une place qui se remplit, des cortèges improvisés, des messages d'institutions qui, la veille encore, ne semblaient guère concernées. Les écrans relaient, les voix se superposent, les drapeaux ressortent des tiroirs. Pendant quelques jours, une figure concentre une ferveur que peu d'événements publics parviennent à susciter dans ce pays. Un communiqué du ministère de tutelle, un second au nom du Premier ministre, une réception à la chancellerie, parfois un stage offert, parfois une bourse, presque toujours la même intensité quel que soit l'objet. Puis la vague retombe. Elle laisse derrière elle une question que l'on n'ose pas toujours formuler : qu'avons-nous exactement célébré, et pourquoi cela, plutôt qu'autre chose ?
La question n'est pas neuve. Les sociétés ont toujours produit leurs héros du moment, leurs visages de saison, leurs triomphes éphémères. Ce qui s'est déplacé, c'est la frontière entre ce qui mérite reconnaissance et ce qui mérite simplement attention. La distinction, autrefois tenue par des institutions de médiation, l'école, la presse écrite, les corps professionnels, les académies, s'est considérablement amincie. Elle se joue désormais dans un espace où la vitesse de circulation d'une image pèse davantage que la densité du parcours qu'elle représente.






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