À première vue, on dirait un tremblement de terre. Les murs éventrés, les toitures arrachées, les ouvertures béantes, les bâtiments réduits à leurs squelettes de béton. Sauf que les tremblements de terre ne trient pas. Ils ne s’acharnent pas davantage sur la faculté que sur le garage, ils ne brûlent pas les livres, ils n’épargnent pas les portes pour les emporter ailleurs. Ce que les images des zones reprises à Viv Ansanm laissent voir, depuis quelques semaines, ce n’est pas une catastrophe naturelle. C’est un tri. Et le tri raconte quelque chose qu’aucun bilan de dégâts ne saura capturer si on ne le nomme pas.
Le réflexe immédiat, devant ces images, c’est la sidération. Le mot qui suit, qu’il vaut mieux écarter d’emblée, c’est le plus paresseux de notre vocabulaire collectif. Ce n’est pas la barbarie. La barbarie ne trie pas non plus. Ce dont nous sommes les témoins n’est ni désastre, ni chaos, ni effondrement. C’est une grammaire. Et toute grammaire se lit, à condition d’accepter d’en apprendre l’alphabet.






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