Parfois, on a l’impression que les États-Unis, toutes administrations confondues, entreprennent tout pour susciter la désaffection dont ils souffrent en Haïti. Leurs responsables politiques qui s’interrogent dans la diaspora et sur les réseaux sociaux sur la dégradation de l’image de leur pays en ce qui a trait à leur gestion calamiteuse du dossier haïtien, n’ont pas besoin de longues introspections pour trouver les éléments de réponse. Omniprésentes et contre-productives, les ingérences made in USA et de l'ONU (1994, 2004 et 2024) ont finalement débouché aujourd’hui sur un pays ingouvernable, rongé par la violence des gangs et la corruption généralisée, « la corruption à grande échelle ». Par son système judiciaire inefficace et son appareil sécuritaire effondré, le processus de démocratisation inauguré en 1986 ressemble à une tragédie sanglante, à une farce épouvantable, à un film d’horreur. Le 7 février 1986, une date tumultueuse où se rencontrèrent toutes les pensées bouillonnantes dans une Haïti qui venait tout juste de recouvrer la liberté. Aux « années de plomb » (1957 – 1986) de la dictature se sont hélas succédé les « âges sombres » de la « démocrature » aux conséquences catastrophiques.
 

Avec ses cadavres et ses destructions qui ne servent à rien, la démocratisation (promue par les États-Unis et les pays amis) chaotique est désormais revêtue de flamboyance. En fait, cette ère morbide et crépusculaire décrit un pays en voie de putréfaction. Rien ne pouvait prédire l’ampleur catastrophique que prendraient les événements de cette transition post-autoritaire tant souhaitée et vantée par la gauche et la diaspora, la presse indépendante et l’Occident néo-libéral. Alors que l’histoire les suppliait, après les années sombres du macoutisme que nos partenaires internationaux ont supporté ardemment, de se saisir du projet démocratique pour changer leurs relations avec la Première République noire indépendante (en vain ?!), les Américains, comme puissance tutrice – il faut le reconnaître sans réserve ni honte — prolongeaient (depuis l’Occupation en 1915) la politique du big stick, à travers leurs ingérences grossières et permanentes, en comptant sur les Haïtiens, incapables de transcender leurs « passions tristes » : la comédie des coups d’État (17 septembre 1988, 20 juin 1988, 30 septembre 1991), la valse des élections frauduleuses et manipulées (2010 – 2011), l’inanité des combinaisons para-constitutionnelles et des gouvernements décriés ou transitoires, dépourvus de crédibilité et d’efficacité. Au fond, derrière l’apparente mise en place d’une expérience démocratique, en dehors de deux mandats pleins de René Préval sous protection onusienne, l’instabilité s’est attribuée les pleins pouvoirs. Cette considération peut d’ailleurs renforcer l’hypothèse culturaliste, Haïti, coutumière des régimes despotiques, n’ayant connu que de brefs intermèdes de gouvernements libéraux ou de salut public.