Il est des livres - de préférence ici des plaquettes (145 pages) dont on pressent dès les premières pages, qu’ils vont nous rafraîchir la mémoire ou devenir pour nous aussi instructif qu’un guide touristique. Paru aux Étas-Unis en octobre 2024, « Ambassadeur Fritz ‘‘Toto’’ Cinéas. Plus de 50 ans de vie politique et diplomatique » qui prend place malgré sa concision aux côtés des livres volumineux de souvenirs signés par d’autres acteurs, est de ceux-là. Si vous êtes adeptes des réussites professionnelles, des autobiographies de figures exemplaires, exceptionnelles, voici une synthèse de vie signée par Fritz ‘‘Toto’’ Cinéas (né à Port-au-Prince le 15 juin 1932) qui entrelace les figures d’acteurs politiques et de diplomates, haïtiens et étrangers, dans des séquences qui s’assemblent en un autoportrait délicat, saisissant et favorable.

Plusieurs détails et événements majeurs manquent pour toujours à l’appel, mais l’évidence est là : secrétaire privé du président François Duvalier en octobre 1962 et secrétaire d’État à la Coordination et à l’Information du président à vie Jean-Claude Duvalier en avril 1971, Fritz Nerval Cinéas Poincy dit ‘‘Toto’’, qui a mené de front carrière diplomatique et activité politique, marqué par un esprit engagé à l’intelligence affûtée, s’avère un « jeune loup » hors du commun, un duvaliériste de la première heure. De son tout premier poste de Premier secrétaire de l’ambassade d’Haïti au Mexique en 1959, il alla, pendant un demi-siècle, diriger avec succès plusieurs missions diplomatiques à travers le monde : au Chili, à Porto Rico, au Mexique, en Italie, en Argentine, en Uruguay, au Paraguay, en République dominicaine, aux Nations unies, à l’OEA, à Washington, en Espagne. Quel palmarès ! Qui dit mieux ? Outre une infrastructure sécuritaire fondée sur des services de renseignements très efficaces, le régime macoute pouvait compter également sur une diplomatie qui « visait (et atteignait souvent) un niveau élevé de compétence et manifestait un refus absolu de se courber face aux dictats de l’étranger dans la défense des intérêts nationaux » (p. 50). Après la chute du président à vie Jean-Claude Duvalier, il a réussi l’exploit peu commun en Haïti de servir son pays en tant qu’ambassadeur à Madrid puis principal conseiller diplomatique du Conseil national de Gouvernement (CNG), ambassadeur à Santo Domingo sous les gouvernements des présidents Boniface Alexandre, René Préval et Michel Joseph Martelly. Sa dernière mission fut en République dominicaine, une seconde fois, après laquelle il a démissionné, en mars 2015, pour prendre sa retraite à l’âge de 82 ans.