Frantz Duval
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Le livre permet de vivre des expériences fortes. Il ne faut pas en douter. Même les livres non encore écrits sont édifiants.
Le Villate, mardi soir, était comme une bibliothèque tant il y avait d'auteurs, d'éditeurs et d'amis du livre réunis à l'occasion du cocktail traditionnel de Livres en folie. Ce fut le temps de décorer des Gardiens du livre qui le méritent amplement et de lancer des auteurs à découvrir.
Le Prix de la Première oeuvre -pour sa première édition- et le trophée Gardien du livre -qui s'installe comme une tradition-, sont comme l'alpha et l'oméga. Le premier ouvre des carrières qui, espérons-le, seront fructueuses, le second couronne des vies de dévotion ou des actions méritoires.
Firmin Saint-Amour, Jean-Claude Molière Amisial, le collège de Côte-Plage, Willems Edouard, Marie-Laurence Lassègue, Dieudonné Fardin, tous les récipiendaires ont ardemment travaillé à se faire une réputation ou pour produire leur oeuvre. On devrait les camper dans de longs portraits. Inviter les jeunes à s'en inspirer. Présenter leur itinéraire comme un jeu de piste.
Le vrai roman de cette soirée a été le discours d'acceptation de son titre de Gardien du livre par Dieudonné Fardin. Fardin le lecteur, Fardin l'apprenti imprimeur, Fardin le professeur, Fardin l'amoureux, Fardin l'époux, Fardin le père, Fardin l'auteur de manuels scolaires, Fardin l'éditeur, Fardin le patron de presse, Fardin le diplomate qui rend ce qu'on lui offre. Comme un diamant, Fardin a brillé de toutes ses facettes. Le fond et la forme ont plu. Même les discrets petits feuillets de Monsieur Fardin, qui cachaient si bien un long discours, ont plu.
Plus que dans les autres pans de la culture, le livre s'est fait une tradition lors de sa grande fête annuelle de décerner des prix, des distinctions. Invité d'Honneur, Bourses Barbancourt, Prix de la première oeuvre, Trophée Gardien du livre, sanction du public qui décide des meilleures ventes, cette batterie de récompenses a son petit effet. Cela a au moins le mérite d'aider les auteurs et les amis du livre à attendre avec impatience la saison de nos prix.
La présidence de Michel Martelly a décidé cette année d'y apporter du sien. Des écrivains vivants et décédés seront honorés en présence de leurs pairs. Un tournant dans les relations difficiles entre pouvoir et créateurs en Haïti ?
Trop tôt pour le dire.
Est-ce un pas dans le sens de la reconnaissance du travail énorme de réparation-atténuation de l'image et de compréhension du vécu haïtien auquel les auteurs d'oeuvres de fiction et de recherche se livrent ?
Sans doute.
Pour le reste, laissons du temps au temps. Les pouvoirs ne sont jamais ingénument généreux et les créateurs rarement dupes.
Ce geste de la présidence, on peut en deviner la genèse. L'an passé, Michel Martelly devient le premier président haïtien en exercice à mettre les pieds à Livres en folie. Il y passe des heures à flâner de table d'écrivain en signature à petits groupes d'amis retrouvés sur les lieux. La vedette de la musique découvre des fans d'un autre monde qu'il n'imaginait pas exister, lui qui confesse ne pas être un grand lecteur.
Martelly, les écrivains et les livres, il y a tout un roman à écrire.
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