Il y a de cela 20-22 ans, le mot était « transparence ». Ces jours-ci, il est question de « communication ». On communique, c'est plus moderne, entre internet, réseaux sociaux et Ipad. La démarche a cependant le même but : informer la population pour la convaincre que le gouvernement travaille. C'est une bonne chose. Le gouvernement de Laurent Lamothe applique toutes les lettres du mot communiquer. On sait même ce qu'on ne devait pas savoir, à écouter les joutes entre les chefs qui détaillent leurs stratégies sur la place publique. « La transparence est totale », dit même le Premier ministre. Transparence et communication se rejoignent. Laurent Lamothe, conseiller du président Martelly, ministre et Premier ministre, y excelle. Il pousse ses ministres à le suivre dans le même sens. C'est dans le droit prolongement de cette orientation du tout communiquer que la population a pu assister ce mercredi à un Conseil de gouvernement en direct à la télévision. Cela devient une bonne habitude. Les ministres sont sur la balle. Ils ont plein de rapports à remettre. Les plus éloquents sont-ils les plus travailleurs ? Dans cette démocratie en direct savoir communiquer est la clé du succès. Si on évacue le local et l'ameublement qui se prêtent mal à un show télévisé de belle facture ; ce ministre qui quitte le Conseil des ministres pour cause d'anniversaire de son fils ; cet autre qui intervient non pas comme ministre mais comme planteur confronté à un problème de moulin pour transformer ses récoltes de riz ou de cette image d'un ministre qui mange que le caméraman cadre sans raison, l'exercice a du bon. Trois axes retiennent l'attention : le gouvernement veut de l'argent pour délivrer ses promesses, les ministres doivent dire ce qu'ils font, même si, des fois, l'accessoire prend le pas sur l'essentiel et, enfin, le PM a la maîtrise de ses dossiers. Cela dit, il y a des informations vitales qui sont sorties de cette longue réunion. Le gouvernement haïtien s'apprête à déclarer la guerre à la corruption. Les 18 commissaires du gouvernement qui contrôlent le territoire sont convoqués ce vendredi et vont recevoir des instructions. Les corrompus et les contrebandiers sont dans le viseur. Dans la perspective de trouver de l'argent pour financer les projets urgents qui attendent dans les tiroirs, le marché binational qui se tient le long de la frontière haïtiano-dominicaine deux jours par semaine et qui permet aux marchandises de passer sans taxes d'un pays à l'autre est dans le collimateur du gouvernement. Si l'on suit le sens des débats, cette facilité sera bientôt interdite. L'Etat veut percevoir des taxes et le marché n'est ouvert que dans un sens selon les intervenants. Haïti reçoit tout et exporte peu. Toujours pour trouver de l'argent, les ONG vont être passées au peigne fin. Les franchises qu'elles reçoivent seront revues. L'argent qu'elles ont doit servir la population. Il y a des couacs entres les intervenants, cela donne du piment à l'exercice. Certaines démonstrations sont cousues de fil blanc, cela assaisonne de vérité un show qui peut être périlleux.