Qu'un Haïtien veuille incarner la conscience de sa génération, c'est louable ! Mais la volonté, à elle seule, ne suffit pas. Il faut davantage d'étoffe de leader responsable. C'est-à-dire, avoir été à l'étude de l'histoire du pays. Un pays unique : de par ses origine, son histoire et sa culture. D'où un enseignement unique, un apprentissage lent. L'idée de diplomatie des affaires concoctée et implantée par l'actuel chef de gouvernement, doté d'un cumul de pouvoir de Premier ministre et ministre titulaire aux Affaires étrangères , nous porte à nous inquiéter du bien-fondé et des intentions d'une pareille démarche. Philosophe d'une nuit qui croit pouvoir annihiler tout ce qui a existé avant son gouvernement, en fait de relations internationales, pendant plus de deux cents ans. Taxer la diplomatie haïtienne de diplomatie ' « j'ai vengé la race », une ineptie. Comme quoi tous les diplomates d'avant auraient été des « noirs » à la conquête de blondes suédoises. Une telle aberration ne fait pas honneur à la science de Maurice Sixto. Vatican, le plus petit Etat à exister dans le monde, pratique une diplomatie de représentation depuis plus de deux mille ans. Les résultats qui en découlent font de cet Etat, l'un des plus riches et, peut-être, l'un des plus puissants de la planète. L'essence de la diplomatie se crée à l'histoire des civilisations, au savoir-faire et au savoir-être. L'on comprend aisément qu'un gouvernement, à l'image d'un chef d'Etat qui n'a pas besoin de gens à diplôme(s), favorise la montée d'un nouveau groupe de pêcheurs en eau trouble qui, par la célérité de leurs actions, croient pouvoir s'ériger en nouveaux sauveurs ou nouveaux sauveteurs de patrie. En réalité, ce sont des bandits * à la tête de l'Etat et du gouvernement ! En février 2006, le peuple haïtien s'est plongé, la tête la première, dans une sorte de bamboche démocratique dont les résultats attestèrent les erreurs graves des « forces progressistes » d'alors. Ce ne fut pas un crime, mais une faute ! Notre tendance à faire les choses à la va-vite nous a valu un nouveau ' trente ans de pouvoir noir' stérile, pour aboutir à la mascarade d'avril 2011. Seulement en mathématiques où un ensemble existe avant d'identifier les éléments constitutifs de cet ensemble en réal politik, aucune décision ne peut être valable sans en soupeser les conséquences. Une diplomatie des affaires ! Quelles affaires ? Ou quelle affaire ! D'abord, avant de solliciter affaires, il faut établir l'essentiel : infrastructures et sécurité. Le gouvernement n'a pas les moyens de sa politique. De plus, avec un budget financé à 70% par l'étranger, comment l'Etat haïtien pourrait-il se soustraire aux conditions de ses patrons ? Sous le couvert des organisations non gouvernementales étrangères, ils vous disent comment gérer vos affaires. Aucune démarche du gouvernement ne saurait troubler ce havre de grâce abritant les ressortissants étrangers au pays. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 n'a pas aidé. On dit souvent : 'à quelque chose malheur est bon.' Tel n'est pas le cas pour Haïti .Encore une fois, le peuple haïtien a été trompé dans son attente. Le spectacle du 31 mars 2010, offert par l'Onu, sous la baguette d'un Bill Clinton triomphant, n'a pas réussi. Le ver était dans la pomme. Le président du Fonds monétaire international questionnait déjà le montant de dix milliards de dollars pour un petit pays comme Haïti. Ne parlons pas des institutions qui ont grandement bénéficié des largesses des pays qui ont sincèrement sympathisé avec le malheur des Haïtiens. Sans conséquence aucune ! Car ce sont eux qui ont la charge de notre cher petit pays. Toute diplomatie assurée au bout du fusil n'est qu'une victoire militaire. Donc éphémère ! Toute diplomatie qui s'opère à coup d'argent ne peut que mettre en exergue la vénalité des institutions, voire la cupidité des diplomates. De nos jours, le gouvernement haïtien préconise une diplomatie des affaires ou, sans nul doute, une diplomatie d'affairistes. De quelles affaires parle-t-on ? De celles d'un petit groupe, lequel groupe s'identifie, premièrement, à ceux qui sont arrivés au pays, depuis un peu plus de cent ans, barques. Ils se sont enrichis. en Haïti. Pourtant, ils ne croient avoir aucune redevance envers ce pays qui les a accueillis, à bras ouverts. Ils constituent une classe hermétique, sourde aux besoins du pays. Haïti est un pays essentiellement agricole jusqu'à preuve du contraire. Ils n'investissent pas dans l'agriculture. Ni dans les infrastructures. Ces gens -là sont capables de tondre sur un oeuf. Ils représentent cette bourgeoisie compradore dont Haïti est le fief. Deuxièmement, ce petit groupe d'affairistes s'identifie aux jeunes loups qui, grâce à des affaires suspectes, ont accumulé une certaine fortune. Et maintenant, dotés d'un pouvoir légal, puisqu'à la tête du gouvernement, veulent imposer une diplomatie des affaires qui ne traite en réalité que de leurs propres affaires. Demandez-leur combien ils gagnent à chaque coup de fil qui se fait de l'étranger à Haïti, ou à la surcharge imposée aux transferts d'argent de l'étranger à Haïti et vice-versa. Conflits d'intérêts ! On ne peut pas être à la fois juge et partie. En l'an 2000, Préval au pouvoir, Aristide manipula si bien les pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif, que personne ne soupçonna ses intentions d'être réélu président de la République. Avec moins de 5% de la population en âge de voter pour aboutir à la débâcle de février 2004. Maintenant on est en train de décrire le même scénario. Un Premier ministre agissant sous de fausses prémisses d'aide à la population, soudoie les membres du corps législatif, entretient une amitié solide avec l'exécutif,- l'âne frotte l'âne; soigne un excellent rapport avec le judiciaire. Les dés sont jetés. En 2016, il sera chef d'Etat. Et l'Haïtien de continuer à contempler sa silhouette dans la cave dans laquelle l'aventure de leaders politiques non avisés l'auront circonscrit. Fin d'année 2010, début d'année 2011, Jean-Claude Duvalier et Jean-Bertrand Aristide reviennent au pays, sans autre forme de procès. Le premier, après vingt-cinq ans d'exil ; le second, après sept ans. Ils n'ont jamais été jugés pour les crimes commis contre la nation haïtienne. Voire les expier. Ils n'ont jamais répondu des détournements de fonds dont ils sont accusés. Ils ont, en fait, pillé les caisses de l'Etat. Ils s'établissent paisiblement au pays et vaquent à leurs occupations sans crainte. Qui leur a donné le feu vert pour retourner à Haïti ? Tout le monde le sait. Personne n'ose pointer son index sur quelque pays ami que ce soit. Qui gouverne en Haïti ? La diplomatie des affaires est désormais un nouveau spectacle où se jouent de gros intérêts. Définitivement pas ceux du pays ! Mais plutôt d'une dizaine de copains avec l'aval du proconsul américain comme démarcheur par excellence, depuis la catastrophe du 12 janvier 2010. Le culte de soi domine le paysage culturel haïtien. Il compose tous les traits classiques de psychopathes : charme superficiel, mégalomanie, suffisance, besoin de stimulation constante, penchant pour le mensonge, déception, manipulation, sans remords ni conscience. C'est ce genre d'éthique que proposent les grandes corporations. Un culte traduit dans un comportement qui se veut un style personnel pour l'avancement personnel, trop souvent confus avec de l'individualisme. Une sorte de culture de célébrité qui valorise le superficiel. Une culture de commodité où tout est simplifié à souhait et offre en background une réalité vague et distordue. En fait, l'Haïtien s'est plongé dans un rêve où l'inconscient voile à peine un monde intime où non seulement le chat devient roi mais encore le roi est réellement un chat dans la peau. Il se révèle à ses yeux une société qui préfère la fantaisie à la substance. Les idées intellectuelles ou philosophiques sont de trop grands efforts pour les absorber. Il est maintenant au temps où, à l'île de plaisir de Pinocchio, les élèves sont entretenus de promesses d'un jour de congé et du plaisir sans fin. Un véritable 'pervertissement répressif' qui cache les dangers d'injustice sociale, de corruption politique, d'insuffisance économique et de dégradation morale. Une nouvelle guerre d'usure qui nous empêche de riposter. Après trois ans au poste d'ambassadeur à Haïti, l'Américain Merten plie bagages. Non sans envoyer la flèche de Parthe : Haïti est un pays difficile et compliqué. Toutefois, il martèle la nécessité et l'urgence d'ouvrir la voie aux investisseurs étrangers ; ce qui correspond aux démarches pressantes du nouveau locataire de la Villa d'Accueil : Haïti est ouverte aux affaires. Dorénavant les ambassades deviennent des comptoirs de vente et les ambassadeurs, de simples épiciers. Telle est la nouvelle donne à la Chancellerie haïtienne !