« Il n'y a jamais eu de glace entre moi et le secteur privé. Le secteur privé me supporte depuis la campagne électorale ». Celui qui a répondu ainsi à une question d'un journaliste, d'une voix assurée et rassurante, c'est Michel Martelly. Le président Martelly. Pas le boute-en-train qui sautait sur toutes les occasions pour faire un bon mot et, des fois, heurter la presse ou ses interlocuteurs.
Dans la grande salle du Karibe Convention Center, seuls les absents n'ont pas souri et apprécié cette annonce qui est aussi un engagement. Celui d'un président élu qui a compris qu'il doit être, aujourd'hui plus qu'hier, en campagne de charme et rassurer tout le monde, à chaque occasion.
Ce Martelly-là, on l'a attendu pendant des mois. Il est là, il faut lui dire qu'il est meilleur en bon père de famille qu'en chef victorieux dans un pays qui brûle trop souvent ses encens avant la fin de la messe.
Le Michel Martelly qui a assisté sans rougir au discours d'adieu d'un ambassadeur en fin de mission en Haïti - ce soir invité par la Amcham, il s'agissait de Keneth Merten, l'Américain-, récolte les fruits de son changement de cap depuis des semaines et même, sur certains sujets, depuis des mois.
Fini les querelles intempestives avec les parlementaires! Fini les taquineries et escarmouches inutiles avec la presse! Fini les FAD'H! tout se fait pour d'abord renforcer la Police nationale d'Haïti. Fini les tergiversations sur l'amendement de la Constitution de 1987, les changements votés par le Parlement ont été publiés. La Cour de cassation, presque complète, a un président. La semaine prochaine, avant un nouveau voyage du président Martelly, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) entrera en fonction. S'il n'en tenait qu'au président, le Conseil électoral permanent serait déjà en place. La guerre contre la contrebande est ouverte après que le président eut fait le ménage dans son entourage. Même contre nos très bons amis, les Dominicains, le ton du gouvernement Lamothe change
Cela fait beaucoup en quelques mois ; mais ce n'est pas tout. Le président a enfin un Premier ministre en qui il a confiance. Il a écarté les faucons de son premier cercle. Il encourage les initiatives qui redonnent confiance au secteur privé local, lui qui passait comme étant obnubilé par l'international.
Ce Martelly neuf découvre chaque jour de nouveaux problèmes et de nouvelles responsabilités mais, aux dires d'un de ses proches, il a cessé de penser que chaque embûche est un complot. Affronter des difficultés est inhérent à la fonction de responsable d'Etat, aujourd'hui, Michel Martelly le sait. Il comprend mieux que les solutions ne s'inventent pas, c'est un processus qui se construit.
« S'il y a encore de la précipitation, le fond est bon et les erreurs instruisent un président qui a une grande capacité d'adaptation et retourne toutes les situations à son avantage », assure un de ses amis.
Les élections sénatoriales et locales constituent le prochain test majeur pour Michel Martelly. Elles s'annoncent alors que la lutte contre la corruption peut braquer des secteurs et provoquer des alliances contre le pouvoir qui n'a pas progressé sur la mise en place d'une structure politique pour encadrer le charisme du chanteur-président.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.