La France vient d'élire à sa tête François Hollande, un président de gauche en remplacement de Nicolas Sarkozy qui a fini par incarner la droite de la droite. En plus de vivre un changement de président, un changement de majorité au parlement, les Français expérimentent aussi des bouleversements de politiques. A la fois sur des problèmes de société qui divisaient les deux courants dominants de la vie politique française, mais aussi en termes de politique économique. Rien de drastique, mais beaucoup de faits significatifs dans ces changements. Dans une Europe sinistrée, il faut de la rigueur. Dans des pays très endettés, la recherche effrénée d'économies est obligatoire. L'introduction de nouvelles taxes aussi. Tout se passe en douceur pour le moment. L'euphorie de la présidentielle et des dernières élections législatives saoule encore les électeurs. Tout le paquet de mesures annoncées mardi par le Premier ministre français Jean Marc Ayrault dans sa déclaration de politique générale passera sans trop de mal. Pour le moment. Vu d'Haïti, l'exercice français est fascinant. Tout se passe vite, très vite. Quand l'annonce de la composition du gouvernement prend trois heures de retard les analystes se perdent en conjectures et des centaines d'articles fleurissent. La politique dans un pays normal est un terrain balisé. On sait où l'on veut aller, avec qui, pour faire quoi. Cela n'empêche pas les dérapages et les accidents, mais la route est connue. Des électeurs comme des élus. Que vient chercher la France dans nos petits problèmes haïtiens? Plus que la proximité linguistique et l'implication des diplomates français dans les affaires haïtiennes, amitié oblige, il y a un parallèle à établir entre ce grand pays, tous les pays d'Europe qui peinent à sortir la tête de l'eau et nous qui faisons comme si on pourra passer au travers de tout ce qui nous attend en refusant la case "grosses économies à faire" et un changement dans le mode de gestion de nos décisions. Le Premier ministre Laurent Lamothe a beau vouloir être volontariste dans la lutte contre la contrebande et la corruption, cela ne suffira pas. L''approche frontale sur plusieurs dossiers aura des répercussions que l'on ne peut prévoir. La reconduction des mêmes solutions aussi. Encore une fois nous tablons sur un taux de croissance élevé (au vu des performances de l'économie haïtienne ces dernières décennies) et sur l'apport des uns et des autres (là encore qui se matérialise rarement). Comment inventer le miracle haïtien? Après une année de perdue, l'équipe Martelly doit se mettre en mode bouchées triples.