Le tandem Martelly-Lamothe a patiemment et malicieusement conçu un piège bardé de couteaux empoisonnés, dans lesquels il se retrouve aujourd'hui enfermé en même temps que les deux autres pouvoirs de l'Etat. Continuer de s'agiter, ou pire encore, pour les protagonistes s'affronter au sein d'un tel dispositif, ne peut conduire qu'à des blessures toujours plus profondes, chez tous et chacun des prisonniers de la machine infernale. Le bon peuple rirait volontiers de ces pathétiques contorsions, si en définitive, il n'allait pas en être l'ultime victime.
Il n'y a qu'une façon de sortir de ce type de piège, c'est de reculer prudemment et méthodiquement vers son entrée (qui en est paradoxalement la seule sortie), pour emprunter une route radicalement différente. C'est très exactement la situation d'un poisson qui entre dans la gueule grande ouverte d'une nasse, il n'a que le retrait, pour éviter de se retrouver dans une situation fatale de non-retour. Il est d'ailleurs révélateur, qu'inconscient de ce qu'il disait, le député Jean-Tholbert Alexis aie corrigé madame Marie-Lucie Bonhomme qui évoquait le concept de "crise électorale" pour lui substituer celui "d'impasse électorale". Le nouveau leader du PSP ne croyait pas si bien dire. Or, quand on s'est fourvoyé dans une impasse, le bon sens commande de ne pas enfoncer l'accélérateur, mais plutôt de freiner et de reculer prudemment vers l'entrée du cul-de-sac, qui en est paradoxalement la seule sortie, et d'emprunter une autre voie. Tout le reste est vaine littérature.
Il est assez étrange d'entendre le président Martelly, se vanter d'avoir inventé le Conseil électoral permanent alors que cette institution prévue par la Constitution de 1987, aurait dû être installée au lendemain des élections du 29 novembre de la même année, si celles-ci n'avaient été brutalement noyées dans le sang, par ceux-là dont M. Martelly se réclame presque ouvertement l'héritier. Il est également assez étonnant de voir le chef de l'État ériger la lettre de l'article 192 (Constitution amendée) en véritable dogme religieux, après avoir avec enthousiasme accepté son poste (ou son sceptre) d'un CEP dont l'existence violait la Constitution de 1987 alors en vigueur dans sa forme originelle.
De l'étonnement à la suspicion, puis à l'inquiétude il y a une progression rationnelle. Que cachent les manoeuvres et provocations du tandem Lamothe-Martelly ? Rien de bien rassurant pour la démocratie haïtienne dont la mise au monde est décidémment fort longue et difficile. Il semble que les frères siamois, Laurent-Micky nous préparent une “kalòt marassa”:
1) Passer en force avec leur Conseil électoral présidentiel, et cadenasser les consultations populaires pour au moins deux décennies.
2) Faire durer la situation d'impasse au moins jusqu'à l'extinction du Sénat, voire des 2 Chambres. François Duvalier nous avait déjà fait le coup avec le Sénat. Certes, la méthode est quelque peu différente: autre temps, autre technique, même objectif.
En somme, Lamothe-Martelly nous propose(nt) un choix biaisé: ou la dictature, ou le désordre ou la démagogie; alors qu'en fait il(s) nous offre(nt) à la fois la dictature, le désordre et la démagogie. Qu'adviendra-t-il alors du pacte signé par le peuple haïtien, avec sa sueur, son sang et ses larmes, pour l'établissement d'une démocratie régulée, dynamique et pacifique ? Admettrons-nous passivement que le prix payé par nos aînés et par nous-mêmes, soit bradé, avec en sus l'héritage de notre descendance ? Après « Papa Doc », assisterons-nous tétanisés à l'installation de « Papa Mick » et du jeune leader qu'il nous aura choisi ? D'être conduits comme un troupeau de moutons bêlants jusqu'à la noyade fatale ?
Il est bien connu que les chefs d'État peinent à reculer ou à perdre la face, en tout cas, pas sous nos cieux et surtout pas celui là. Nous devons donc, collectivement et dans un effort unitaire, lui forger une porte de sortie honorable,ainsi qu'aux autres protagonistes de cette tragi-comédie. Préférable en tout cas à ce qui nous attend, si nous acceptons le bras de fer qui nous est proposé et qui ne peut aboutir qu'à la dictature ou au déchoukaj.
La solution à cette impasse électorale est à la fois simple et difficile, comme le fameux noeud gordien. Dès le moment où les trois pouvoirs auront accepté de renoncer provisoirement aux privilèges que leur a accordés l'article 192, elle pourra s'exécuter en 5 étapes:
1) L'actuel CSPJ est le fruit de l'arbre empoisonné d'une Cour de cassation illégalement nommée. Ce fruit a, logiquement, donné des semences délétères sous la forme des représentants irrégulièrement désignés au sein du CEP.
2) Le président de ce CEP, avec ou sans décharge a publiquement prouvé qu'il n'avait pas les qualités morales pour intégrer un tribunal électoral et encore moins pour le présider.
3) Le directeur-général du CEP a été parachuté(e) par une décision présidentielle ou princière irrégulière et inutilement provocatrice.
4) Tout ce beau monde peut prouver son patriotisme en démissionant volontairement, ou être forcé de le faire par le Parlement, les politiques, la société civile et la pression populaire. Ainsi, le président ne sera pas forcé d'étrangler lui-même le monstre bancal qu'il avait personnellement conçu.
5) Renouer avec l'esprit de la Constitution de 1987, qui prévoyait une participation populaire diversifiée dans la désignation des membres du Conseil électoral permanent. Remarquez que nous insistons sur membres désignés, plutôt que représentants des secteurs ayant opéré les choix. En effet, il est essentiel de rappeler qu'une fois désignés, les membres du CEP ne représentent plus que les intérêts de la nation et non plus ceux des groupes qui les ont proposés.
Voilà donc, notre suggestion pour ce que nous espérons être l'ultime Conseil électoral provisoire, en admettant évidemment que nos élites adoptent enfin un comportement raisonable et responsable:
A) 1 membre désigné par les syndicats ouvriers
B) 1 membre par les universités publiques et privées
C) 1 membre par les églises dans une collaboration oeucuménique
D) 1 membre par les Chambres de commerces et d'industrie du pays
E) 1 membre par les organisations de défense des droits humains
F) 1 membre des syndicats de professeurs
G) 1 membre par les associations de presse et de journalistes
H) 1 membre par les organisations paysannes
I) 1 membre par la Fédération des barreaux haïtiens et l'Association nationale des magistrats haïtiens.
Nous offrons cette liste à l'opinion publique pour qu'elle la modifie et l'améliore au besoin.
Le plus difficile sera de trouver neuf citoyens droits dans leurs bottes prêts à risquer leur réputation et leurs biens pour la patrie, à l'exemple de ceux qui avaient intégré le tout premier Conseil provisoire et constitutionnel en 1987.
Faute de trouver ces héros altruistes, soutenus par une population mobilisée, ce sera : “Bonjour Papa Mick”.
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