La rentrée scolaire de cette année pose ses propres problèmes avec une telle acuité qu’il serait oiseux d’établir le lien nécessaire entre le discours officiel et l’intervention pratique des agents chargés de l’exécution du programme de gratuité et d’obligation scolaire en cours. L’inquiétude est générale et nous vivons une époque spéciale où même les idées flottantes sur les questions brûlantes suscitent beaucoup d’intérêt. Il est certain que l’espérance n’est pas d’actualité. Les parents sont déconcertés et les jeunes pessimistes par rapport à leur avenir, par rapport à la société qui leur paraît être pourrie, déroutante et de plus en plus désorganisée. Un tas de choses ne vont pas à quelques jours de l’ouverture des classes. Les professeurs se sentent impuissants et désarmés mais n’entendent plus baisser les bras devant le climat d’indifférence du gouvernement et de la Chambre législative qui restent sourds à leurs justes revendications. Nous regardons la situation de crise annoncée sans nous poser la question : Que faire ensemble pour y remédier et aider nos enfants, nos jeunes à sauver l’année scolaire déjà amputée d’une vingtaine de jours de classe ?
L’heure est au grand débat sur l’éducation qui, pratiquement n’est plus une priorité de l’Etat et ne le sera jamais sans une augmentation significative des fonds alloués à ce secteur au budget national. Tout le monde doit se battre pour qu’on ait dans un proche avenir une bonne part du budget (au moins 25%) si nous voulons vraiment donner au pays une école moderne et non 9% servant à maintenir en vie l’école traditionnelle tombée depuis trop longtemps déjà en désuétude. Les bonnes intentions du pouvoir en place à elles seules ne suffisent pas à offrir une école de qualité aux plus pauvres de notre société. Il n’en reste pas moins que ce pouvoir est sensible à cette catégorie de gens historiquement cloués à la croix de l’ignorance. Mais, ça ne suffit pas pour s’attaquer efficacement aux grands problèmes éducatifs existant bien longtemps déjà. Une synergie collective est à naître autour de la réforme du système éducatif pour que la démocratisation de l’école haïtienne devienne une réalité. Le temps n’est plus aux grands discours, il est à gérer même lorsque nous avons l’impression d’être gérés par celui-ci. Cependant, le plus important est le devoir de s’asseoir, de savoir entendre, de savoir accepter les divergences, de savoir respecter les valeurs, bref, de créer un espace de dialogue. Là encore, tout ne serait pas résolu en un simple tour de main. Certains d’entre nous diront que les affaires de la République marchent bien ou quand même tandis que d’autres le contraire. Nous perdrions encore beaucoup de temps à camoufler la vérité au lieu de combattre les grands mensonges du système cachés sous le couvert des chiffres préfabriqués. Nous continuerons à faire semblant de croire en la valeur de l’éducation même lorsque nous ne faisons rien pour changer l’école et renverser les barrières traditionnelles. Mais, dialoguons quand même pour porter même les détracteurs à accepter un jour qu’il faut chercher ensemble des chemins nouveaux pour des temps nouveaux.
C’est maintenant le temps de sauver l’école haïtienne des dérives politiques et des tensions sociales. Le monde vit depuis quelque temps l’époque des grandes réformes éducatives. Nous ferions mieux de parler aujourd’hui de plan d’opérationnalisation de l’éducation, de perte d’intérêt pour la formation des jeunes, de manque de motivation des agents éducatifs qui, à tous les niveaux, vivent dans des conditions extrêmement difficiles, inacceptables et inhumaines. Ceux qui investissent leur temps, leur compétence, leur foi, leur patriotisme dans la vie professionnelle d’enseignantes et d’enseignants n’ont pas tort de se demander aujourd’hui : quel avenir pour l’école en Haïti et que faire pour qu’il y ait significativement – une amélioration de la qualité de l’éducation et de l’efficacité externe – un accroissement de l’offre scolaire – un renforcement de la gouvernance du secteur – une amélioration des conditions de vie des enseignants, des professeurs ?




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