Loin de la chronique sportive partisane
Sur les ondes port-au-princiennes, un «ouf» de soulagement a été poussé. A Vision 2000, Daly Valet et Valéry Numa essayèrent en vain de contrer l’effusion de joie de Denisca Jean Elifleur qui relayait avec régularité les projections des chaînes de télévision américaines. CNN venait de projeter: Obama 206 voix de grands électeurs et Romney 193 voix. Daly Valet prévint que le commentateur ne devait pas ressembler au chroniqueur sportif, incapable de contenir sa préférence pour le Real Madrid ou le FC Barcelone. Valéry Numa rappela que Denisca avait commencé par la chronique sportive. Alors tout s’explique.
Le travail pédagogique de Vision 2000
Plus sérieusement, la démarche didactique des commentateurs de Radio Vision 2000 n’est pas passée inaperçue. Sans se lasser, ils expliquèrent à l’auditoire les fondements du système électoral américain. Il s’agit d’un suffrage indirect. Le collège électoral de 538 membres, sa formation, la majorité de 270 grands électeurs nécessaire pour remporter le scrutin, «the winner takes all», l’importance des Etats pivots, le conservatisme du grand Sud, les bastions de chaque parti, l’importance cruciale de l’Ohio et de la Floride, la Chambre des représentants qui doit départager les deux candidats en cas d’égalité, etc., tous ces aspects ont été analysés en profondeur.
L’admiration d’Obama pour ses valeurs humaines
Quand enfin ce fut l’annonce du triomphe d’Obama par les grandes chaînes de télévision américaines, les commentateurs laissèrent parler leurs cœurs «La politique d’Obama, la seule, la vraie», clame, parodiant Louis Déjoie, Daly Valet qui poursuit: «Je l’admire pour son humanisme- il n’est pas question d’appartenance raciale dans cet amour-, pour les valeurs humaines qu’il véhicule.» L’éditorialiste de «Le Matin» ne ménage pas Romney qui a fait une mauvaise compagne, il a changé trop souvent de position. 52% des électeurs affirment avoir voté Obama pour l’économie, mais ne rendent pas Obama responsable de l’état de l’économie.
Déjà l’horizon 2016
Le même commentateur croit qu’il y a une leçon de conviction dans la victoire démocrate. Valet loue l’attachement d’Obama aux principes. «Il défend les principes dans lesquels il croit jusqu’au bout. C’est une grande victoire pour le Parti démocrate. Une victoire bien méritée, massive, plus nette que celle d’il y a quatre ans face à John McCain, relève un deuxième commentateur. Un invité, connaisseur de la société américaine, entrevoit qu’en 2016, les poulains démocrates seront entre autres Hillary Clinton et Patrick Deval. Sur la lancée, l’un martèle qu’Obama aurait intérêt à changer de vice-président. Aussitôt un autre dévoile l’ambition présidentielle de Joe Biden. Je ne peux m’empêcher de relever intérieurement: «Et l’âge ?» Joseph Biden n’étant pas de toute première jeunesse. La campagne aura révélé que, dans cette course de fond, la forme physique compte.
La déception dans le camp républicain
Personnellement, à la mi-journée, je trouvais de mauvais présage que la ville d’Elmont où Mitt Romney a une résidence et où il a jeté, tôt dans la matinée, son bulletin dans l’urne, ne cache pas sa préférence pour le Parti démocrate. Je me disais que c’est mauvais signe, d’autant que le Massachusetts est acquis au Parti démocrate. La déception aura été plus amère dans le camp républicain, le colistier Paul Ryan n’aura pas réussi à faire tomber le Winsconsin dans l’escarcelle du parti de l’éléphant.
Les républicains en crise
La réélection de Barack Obama ayant un retentissement mondial, je suis resté attentif aux réactions de la presse internationale, notamment de RFI. De Washington, aux côtés de Raphaël Reyne, le professeur français Simon Serfati revient sur le bilan d’Obama avec nuance : «On ne fait pas l’apprentissage des crises en même temps que l’apprentissage du pouvoir.» Selon lui, Mitt Romney a été un candidat par défaut, il n’était pas le candidat naturel du Grand Old Party qui a marché avec lui, croyant qu’il pouvait faire barrage à la réélection du président. Barack Obama ayant gagné la majorité des voix du collège électoral, le parti républicain est en crise. Il lui sera très difficile de se maintenir à droite.
Les coudées franches après la réélection
Au tour de l’Afrique d’opiner par la voix de Cheik Tidjane Kadjo, ministre sénégalais des Affaires étrangères de 2000 à 2009 : « Ma grande crainte était que le peuple américain se contredise et ne confirme pas son choix de 2008.» Il croit que le président Obama aura une attention particulière pour le continent africain durant son second mandat. Le professeur Simon Serfati, invité à se prononcer après l’intervention de l’ancien ministre sénégalais, tempère son enthousiasme : «Parmi les ratés du premier mandat, il n’avait pas oublié l’Afrique. L’Afrique est au cœur d’Obama, mais pas au cœur de son agenda.» Il explique qu’en 2013, au cœur de sa présidence, il y aura la Syrie, le problème iranien et les dossiers du Proche-Orient. M. Serfati donne son sentiment à propos de la Syrie : «On ne pourra pas continuer à être spectateurs de cette tragédie.» Par ailleurs, Serfati croit que Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, souhaitait une victoire de Romney. Obama et lui ne s’apprécient guère. La colonisation de la Palestine, un dossier que le président réélu se fera fort de faire avancer. En clair, il ne sera pas de tout repos l’année prochaine, assuré déjà d’avoir les coudées franches. Dans l’exécution d’un second mandat, un président américain fait montre de plus d’audace, il est moins timoré, moins prudent. Obama ne pourra pas se permettre d’être calculateur sur le plan international. L’Amérique va être sollicitée de tous les côtés.
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