Michel Tassy est un artiste qui a fait du chant sa véritable profession. Il a réalisé un travail sans égal dans le monde musical haïtien. Il a chanté pendant près de 50 ans sur tous les toits ; dans tous les départements; dans toutes les boîtes de nuit ; dans toutes les fêtes champêtres pour donner du plaisir et offrir une saine détente aux mélomanes. Sa voix retentit partout comme un écho dans la nuit et sans défaillance. Il y a des taches qu’aucun produit ne saurait effacer ; certains sons qu’aucun mur ne peut étouffer. La voix de Tassy est perçante et va très loin au cours de la nuit. Certains hommes courent après le bonheur ; tandis que d’autres le créent autant de fois qu’ils agissent.Tassy rentre dans la seconde catégorie.
L’homme a besoin de travail, de repos et de divertissements. Chacun choisit sa sphère d’action, sa partition en fonction de ses penchants, de la conjoncture et de sa compétence pour être utile, performant et fonctionnel. Il faut un peu de tout pour faire un monde.Tassy a choisi de divertir les gens et jusqu’aujourd’hui il le fait avec succès et intelligence. Comme chanteur, il travaille aussi dur que les autres musiciens. On ne fait pas de cadeau au chanteur. Il est un musicien à part entière. La musique est un travail pour les musiciens et un facteur de détente pour les mélomanes. Le musicien, en performant, travaille tandis que le mélomane en écoutant de la musique se détent.Les notions de musique et de chant doivent être mis en évidence pour mieux apprécier les efforts de Michel Tassy.
À bon vin point d’enseigne ! Dans la galerie des grands, il n’y a que des grands même si chacun d’eux a un style qui lui est propre. L’ensemble constitue un système foudroyant et solidaire. Roger Colas, Michel Tassy et Thomas David forment un trio d’attaque infernal qui a détruit depuis longtemps tous les pronostics, défié toute concurrence pour atteindre un standard qui dépasse la moyenne. Dans un escalier, il y a toujours des marches. Pour passer d’un étage à un autre, il faut monter toutes les marches. Elles sont placées en fonction de leur importance dans la structure. Selon que vous êtes au rez-de-chaussée ou à l’étage, vous montez et descendez l’escalier en passant des plus grandes aux moins grandes. Les plus grandes tendent la main aux moins grandes jusqu’à ce qu’elles deviennent elles-mêmes aguerries et fortifiées ; mais toutes, elles restent et appartiennent au royaume des grands. La preuve par quatre a déjà été faite depuis longtemps.
Roger Colas et Thomas David ont fait le voyage pour l’Orient éternel, tandis que Michel Tassy continue la traversée jusqu’à aujourd’hui en éliminant tous les obstacles et en brillant de mille feux sous tous les cieux comme si c’était hier. Il a rendu un service appréciable d’abord à l’Orchestre ensuite au pays. Les habitudes ont la vie dure. Une voix sur une musique peut la détruire si elle n’est pas bien agencée. La voix et la musique représentent une association qui identifient, d’une part, l’orchestre, et d’autre part, l’artiste-chanteur.Lorsque ces habitudes traversent deux générations, elles ne représentent plus une identification mais une incarnation.
Le Quadrivium
La musique est un fait social qui met en jeu des critères tant historiques que géographiques. Elle passe autant par les symboles de son écriture que par le sens qu’on accorde à sa valeur affective ou émotionnelle. Chaque époque est tributaire des rapports entre l’art et la société, et plus particulièrement entre la musique et les différentes formes de sa perception.
Pythagore étudie la musique comme un art mettant en jeu des rapports arithmétiques à travers des sons. Platon, dans la République, rappelle que la musique et l’astronomie sont des sciences soeurs.Au 5e siècle, Martianus Capelle présente la musique comme l'un des 7 arts libéraux. Avec Boèce, la théorie musicale est distinguée de la pratique musicale. La musique entendue comme activité, qui est la musique des musiciens, sera alors déconcentrée et considérée comme un art subalterne, un art mécanique; la musique, entendue comme savoir, seule sera reconnue comme la vraie musique et enseignée comme l'un des 7 arts libéraux. Parmi les quatre disciplines scientifiques de second degré de cet enseignement et que Boèce nomma « le quadrivium », la musique théorique a le même statut que l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie.
La musique est l’une des pratiques culturelles les plus anciennes et comporte le plus souvent une dimension artistique. Elle peut être réalisée avec des objets de la nature, comme un morceau de bois ; ou de la vie quotidienne, comme un verre à eau et les couverts ; des parties du corps, comme le battement des mains et des pieds ou avec la voix humaine. Le temps gouverne la musique comme il gouverne la perception du son, qui est une vibration de l’air. La musique peut se déployer selon trois dimensions fondamentales.
- Le rythme, qui relève de la durée des sons et de leur niveau d’intensité. C’est le support de la combinaison des sons dans le temps.
- La mélodie, qui est l’impression produite par la succession de sons de hauteurs différentes.
- La polyphonie ou harmonie, qui considère la superposition voulue de sons simultanés. C’est la combinaison des sons dans les fréquences.
La voix comme instrument de musique
Pour interpréter une œuvre musicale, on utilise la voix considérée comme l’instrument de musique le plus ancien. La voix humaine est capable de produire une très grande variété de fréquences. Toutes les fois qu’on utilise la voix, on dit qu’on chante. La production du son vocal ou phonation est obtenue par l’envoi d’air à travers deux cordes vocales en vibration, situées dans le larynx, puis par amplification et résonnance grâce aux différents organes résonateurs, comme le pharynx, la cavité buccale ou les fosses nasales.
La technique du chant est très complexe et demande beaucoup de pratique pour être bien maîtrisée. Contrairement à ce que l’on pense, lorsqu’on chante, ce ne sont pas seulement les cordes vocales qui se mettent en action, mais véritablement tout le corps. Les poumons sont la partie essentielle de l’instrument. Ils fournissent l’air permettant de mettre en vibration les cordes vocales. Le diaphragme, qui est le muscle du poumon, commande de l’inspiration. Quand il est en position basse, il cesse son action. L’expiration de l’air se fait alors par les muscles abdominaux traverses et obliques appuyés sur le grand-droit, eux-mêmes en rapport direct avec les viscères.
Le larynx renferme les cordes vocales qui se tendent ou se détendent sous l’action complexe de plusieurs muscles. Pour permettre au chanteur d’émettre des sons de différentes hauteurs, le larynx se tend de façon plus ou moins accentuée. Quand il monte ou descend dans la trachée, il modifie la dimension de la caisse de résonnance et, par conséquent, du timbre de la voix, mais pas la hauteur du son.
Les différents registres vocaux sont obtenus selon la tension ou la déformation des plis vocaux induits par ces différents muscles. Les scientifiques parlent de registre épais inférieur et registre épais supérieur, ce qui correspond pour les professionnels de la voix à la voix de poitrine et de registre mince et petit registre, ce qui correspond pour les professionnels à la voix de tête. Pour s’exercer, la chanteur pratique ce qu’on appelle des « vocalises », c’est-à-dire des exercices qui lui permettent d’atteindre une certaine homogénéité de sa voix du grave à l’aigu. La classification se fait en fonction du timbre, de l’épaisseur et de la tessiture de la voix. C’est un terme utilisé en musique pour désigner une échelle sonore définie dans laquelle la voix peut émettre des sons aisément en gardant une homogénéité de timbre.
Celui qui chante fait un travail aussi difficile que celui qui joue. Lorsqu’on doit le faire pendant toute une nuit on est réellement épuisé d’autant que le chanteur doit adopter une posture debout pour performer. Il n’y a pas de réparation une fois que les cordes vocales sont usées. L’artiste est obligé de cesser ses activités.
L’important est fait de petits riens
Je dois rendre un hommage public à mon professeur de musique à l’école qui m’a rendu si confortable pour parler de chant et de musique aujourd’hui. Lorsqui’il dispensait le cours, cela fait plus de 40 ans déjà, on ne lui donnait aucune importance. On faisait autre chose, on s’amusait, on le provoquait même. Il s’agit du professeur Roland Francisco (balawé).Les mercredis après-midi de deux heures à quatre heures, on venait à l’école avec son propre programme parce qu’on ne s’intéressait pas à la musique. Claude Simon et Hilaire Pierre-Louis avaient introduit dans le même cours les notions de « ti points ; ti croix ».Je ne suivais pas le cours avec attention, mais je prenais quand même quelques notes. C’est ce qui me permet aujourd’hui d’être utile à mes lecteurs.
Un fait tout aussi bizarre mérite aussi d’être signalé. De cette équipe d’élèves rebelles sont sortis deux chanteurs de l’orchestre Septentrional : Pierre-Charles Jean -Pierre, dit Pédro, le Borgnelais et Rodney Gracia, le Limbéen, partis tous deux très tôt vers la maison du Père. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour ce cours me serait d’une quelconque utilité. Merci Roland !
Ils sont légion les gens qui pensent que le chanteur n’est pas un musicien à part entière et qu’il est facile de chanter. Le chant est une activité qui s’apprend et qui nécessite beaucoup de répétitions. Pour former avec la voix une suite rythmique de sons musicaux, il faut faire beaucoup d’efforts et mobiliser beaucoup d’energie. On peut changer les cordes d’une guitare, l’embouchure d’une trompette ou le bec d’un saxophone, mais les cordes vocales sont irremplaçables. Cette mise en contexte a été réalisée d’une part pour enlever chez le lecteur l’idée qu’un chanteur est un parasite et d’autre part pour mieux apprécier le travail de Tassy et lui donner la place qui lui revient au sein de l’orchestre.
Les deux plus anciens chanteurs de la musique populaire de danse dans le monde
L’économie d’un pays est directement liée à son développement sur tous les plans, et en particulier sur le plan des ressources naturelles, industrielles et culturelles. Ces indicateurs permettent de classer les pays en trois catégories.
1) Les pays développés qui sont à la fine pointe de la technologie. Ils permettent à leurs habitants de bénéficier des avantages considérables comme :
a) une alimentation abondante;
b) un niveau de scolarisation élevée;
c) des services sociaux et médicaux avancés;
d) un revenu individuel ou familial qui permet un niveau de vie supérieure;
2) Les pays en voie de développement qui pour des raisons politiques ou par isolement, accusent de nombreux retards dans leur développement, mais s’efforcent de rattraper le temps perdu en améliorant :
a) leur niveau de vie;
b) leurs services médicaux et sociaux;
c) leur hygiène et leur niveau de scolarisation.
3) Les pays du Quart-Monde qui pour des raisons difficiles à expliquer, sont dans la misère. Leur population est sous-alimentée et presque analphabète, peu ou pas salariée. Les conditions de vie minimale ne sont pas assurées : logements insalubres, hygiène inexistante, manque d’eau et d’électricité. Les efforts de ces pays pour atteindre un niveau de vie supérieure sont souvent infructueux. Ils souffrent d’une crise d’identité aiguë.
Les deux plus anciens chanteurs de la musique populaire de danse dans le monde sont : Sir Michaël Philip Jagger et Michel Tassy. L’un est anglais et appartient à la première catégorie ; l’autre est haïtien et appartient à la troisième catégorie. Le premier est membre fondateur des Rolling Stones en Angleterre dont il est le chanteur-vedette depuis 1961. Le second a commencé au sein de l’orchestre Septentrional du Nord d’Haïti le 4 novembre 1963 au Borgne à l’occasion de la Saint-Charles Borromée. Le premier est une personnalité mondialement connue, tandis que le second n’est même pas connu dans tout le département du Nord. Cependant, ils ont tous deux cette particularité d’avoir œuvré jusqu’à aujourd'hui au sein d’un seul groupe musical.
Le premier se trouve dans le « Guinness des Records » tandis que le second se trouve sur internet. Le premier détient une documentation étoffée et diversifiée qui renseigne et sur la vie de l’artiste et sur la vie privée du citoyen, tandis que le second est un illustre inconnu même pour ses propres concitoyens. Très peu d’informations sont disponibles à son sujet. Nous sommes honorés de jouer la musique du premier chez nous alors que si la musique du second dépasse nos fontières, c’est uniquement pour consoler certaines communautés haïtiennes nostalgiques d’outre-mer. Pour deux ans de différence, l’écart est trop grand. Tassy mérite mieux. Notre misère n’est pas seulement physique, elle est aussi culturelle. Un artiste local qui a passé près de 50 ans de sa vie à performer au sein d’un seul groupe musical et cette information est restée dans les tiroirs. Alors, où voulez-vous que nous prenions les modèles? Notre jeunesse serait identifiée à qui ? Tassy est le premier du genre. Il faut camper le personnage. Nous n’allons pas rater l’occasion. Car l’importance sans mérite obtient des égards sans estime.
Les modèles de Michel Tassy
Michel Tassy est né au Cap-Haïtien le 30 septembre 1944 des œuvres de Marcel Tassy et Amazias Honoré. Il a fait ses études au Cap-Haïtien d’une part chez les frères de l’Instruction chrétienne et d’autre part au Collège Oswald Durand jusqu’au baccalauréat.
Très jeune, il a commencé dans l’ensemble Anacaona de Camille Jean où il a passé sept mois comme jeune chanteur. Mais il était aussi pris en filature par le maestro Ulrick Pierre-Louis qui le voyait régulièrement dans l’environnement de Septent. Le 30 novembre 1963 à l’occasion de la Saint-Charles au Borgne, Ulrick le fit chercher par son ami « Lassosse » ainsi connu qui vit actuellement aux USA pour chanter au cours de la soirée. Tassy hésita parce qu’il avait peur… de remplacer des gens. Le maestro avait fini par le convaincre, et la première musique qu’il a chantée ce jour-là était « Ti Nanie » qui n’est enregistrée sur aucun compact disque.
Il s’est marié en 1980 à Milot à Odile Gilles. Tassy est père de trois enfants : deux filles, Marline et Guirlène et un garçon, Jean-Robert. Il jouit d’une assez bonne santé. Il est un fervent catholique, un fumeur invétéré. Il consomme de l’alcool par moment depuis quelque temps. Le commerce est son passe-temps favori.
Son meilleur ami au sein de l’orchestre était son tuteur, Roger Colas. C’est lui qui avait écrit de sa propre main le premier texte qu’il devait chanter au Borgne. Lorsque Colas devait mourir le 14 septembre 1986 après cette soirée fatidique au Club International, ils avaient fait le voyage ensemble en partant du Cap-Haïtien dans la voiture de Tassy. Il avait été personnellement le chercher à Delmas 75 dans la soirée pour se rendre au Club International. Après le bal, il avait dit à Tassy qu’il pouvait s’en aller et qu’il allait rester pour prendre deux «gwòg» avec quelques amis. Ils s’étaient donc donné rendez-vous pour demain après-midi. C’était leur dernier moment passé ensemble. Il avait appris la nouvelle de la mort de Roger vers le milieu de la journée du dimanche avec beaucoup d’émotions.
L’après-Colas n’était facile pour personne ; ni pour l’orchestre, ni pour le maestro, ni pour moi-même parce que Tassy n’est pas Colas. Nous évoluons chacun dans un registre différent. J’ai dû travailler beaucoup pour me mettre à niveau et pour donner satisfaction aux fans inconditionnels de Roger et de l’orchestre. «Mona» et «Carole» sont les deux principales musiques qui m’ont donné une certaine dimension, et depuis l’avion a décollé.
Tassy n’est pas compositeur mais il faisait des arrangements dans certaines musiques d’Alfred Moïse surtout. Il sait danser mais prend beaucoup plus de plaisir à faire danser . Sa musique préférée est Bois-Caïman écrite et orchestrée par Ulrick Pierre-Louis. Chaque fois qu’il chante cette composition, c’est tout son corps qui tressaille comme s’il avait bu une bouteille de rhum d’un trait.
Tassy se reconnaît comme un chanteur de charme, surtout de carnaval et un animateur extraordinaire qui peut motiver les gens pour qu’ils commencent à danser. Il a des musiques qui lui sont propres mais il chante n’importe quelle musique. Il s’amuse aussi à regarder évoluer les jeunes chanteurs. La musique qui l’a le plus marqué est « Ti fi a leve » d’Alfred Moïse. C’est un rythme endiablé qui met des fourmis dans les jambes, depuis Alfred jusqu’à aujourd’hui. Actuellement, il est le vice-président d’un orchestre en parfait état de fonctionnement avec une équipe jeune et dynamique qui semble bien maîtriser l’idéal de Septent.
Après 50 ans, il réserve encore des surprises agréables aux fans de Septent et à ceux de Tassy, car l’orchestre doit continuer à progresser. Il éprouve un sentiment de fierté pour cette renommée qu’il a acquise et comme musicien et comme citoyen. Il a reçu plusieurs décorations surtout à l’étranger. Les quelques rares décorations qu’il a reçues dans le pays viennent de quelques associations et de particuliers, mais il n’a reçu aucune attention ni des pouvoirs publics ni de l’Etat haïtien.
Il a modelé toute sa vie d’artiste sur trois chanteurs qui ont marqué toute sa carrière par amour, par admiration et comme aînés: ce sont l’immortel Roger Colas; le rossignol Gérard Dupervil, qui était devenu son ami personnel par la suite; Tico Valdès. «Roger Colas ne mourra jamais tant que je vivrai », dit-il. C’est un homme que j’ai admiré pour sa simplicité, sa grande capacité et sa générosité. Si Tassy vaut quelque chose aujourd’hui, c’est grâce à lui. Je suis né en septembre, Ulrick est né en septembre, Roger est mort en septembre. Ce n’est pas un hasard !
Pour chanter, en dehors de la volonté et un travail permanent pour développer le talent, il faut un modèle à qui vous voulez ressembler, et étape par étape vous vous rapprochez de lui. Les premiers hommes ont été guidés par les apôtres de Jésus-Christ et depuis, il y a toujours eu de modèles dans le monde. Il n’y a aucune honte à avoir un modèle, surtout lorsque c’est un monument. Il n’appartient pas à tout un chacun de plaire et de donner satisfaction à un public qui a des goûts différents. Lorsque quelqu’un arrive à le faire, c’est une leçon qu’il faut apprendre pour pouvoir en faire autant.
Cependant, pour devenir un grand chanteur, vous devez être discipliné et dans votre vie d’artiste et dans votre vie civile. Il faut de la discipline à quatre niveaux différents :
1) n’entreprendre aucune activité sexuelle avant une soirée;
2) avoir une alimentation régulière et bien balancée;
3) dormir profondément sans être dérangé jusqu’à ce que vous vous réveillez de par vous –même;
4) entretenir son corps, et surtout sa voix comme s’il s’agissait d’une machine de précision qui devient très vulnérable si on la traite avec mépris.
La dette de reconnaissance
Il est des moments dans la vie où l'on voudrait bloquer l’ombre de son propre cadran solaire, histoire de coaguler le temps, de le pétrifier, de lui interdire la moindre marge de manoeuvre.Mais le temps a des idées claires; il n’écoute rien ni personne, et aucune emprise ne peut s’exercer sur lui. C’est la raison pour laquelle il ne cesse de s’écouler dans le grand sablier de l’univers.
Nous ne demanderons certainement pas combien de temps Tassy a passé à œuvrer pour le bien et au service de la communauté. Ce temps ne se compte plus en mois, en années ni même en décennies ; mais plus exactement en demi-siècle. Une telle performance est un fait inédit et exceptionnel dans les annales de la musique populaire haïtienne ce qui fait de lui une célébrité. Il porte aujourd’hui sur ses épaules une tranche de vie, qui équivaudrait si on la comparait à un autre moment de l’histoire, à la guerre de 14-18, au premier homme découvrant l’espace ou au sommet de la gloire pour les Beatles.
Ce texte est une manifestation de reconnaissance de toute une nation, dont nous nous faisons le porte-parole, qui a pour objectif, non pas d’enterrer son premier demi-siècle, mais d’inaugurer le début du second. L’histoire retiendra que sur les 27 550 km2 de la République d’Haïti, l’artiste chanteur Michel Tassy a été le premier et jusqu’à présent le seul chanteur connu à avoir performé pendant un demi-siècle sans discontinuité au sein d’un seul groupe musical. Ce groupe musical n’est autre que le grand Orchestre Septentrional.
Nous apportons ici le témoignage de la communauté à l’égard de ce grand homme qui a vécu et qui vit encore cette épreuve avec patience, courage et détermination dans les bons comme dans les mauvais moments, et que ses souvenirs et le timbre de sa voix restent gravés dans notre chair comme dans notre mémoire comme un repère et comme un élément fondamental de notre identité culturelle !
Une dette est un engagement, une obligation à laquelle l’on souscrit en faveur de quelqu’un. Elle peut être le fruit d’une négociation entre plusieurs parties comme aussi elle peut résulter d’une situation de fait sans accord ni négociation. Donc, elle peut être morale ou comptable. La dette morale est un produit intangible, impalpable qui n’a de valeur que par la reconnaissance du sujet qui a bénéficié d’un service sans prix. Cependant, selon Telfort, la dette est morale lorsque le service a été rendu d’une personne à une autre. Mais s’il s’agit d’une personne à une communauté, elle est sociétale.
La dette sociétale est plus exigeante et plus contraignante que la dette comptable : l’une est évaluée en reconnaissance et va jusqu’à la mort tandis que l’autre est évaluée en deniers et s’éteint au paiement du dernier centime. A l’égard de Tassy, la nation haïtienne a une dette sociétale. Celle de payer pour un demi-siècle de bons et loyaux services rendus avec compétence et honnêteté.
Nous sommes parfaitement conscients de la dette que nous avons vis-à-vis de toi, Tassy ; mais nous voulons commencer à la payer de ton vivant pour qu’au-delà du respect et de l’admiration, elle cimente la reconnaissance et l’amitié que nous te devons par-delà les pierres des monuments, ; les croix des cimetières, les pages des livres et des journaux, les websites et les cases des bibliothèques. Le Nord a toujours fait l’histoire. Tu viens d’ajouter la tienne à son encyclopédie. Michel Tassy est un monument ambulant, une pièce détachée du mausolée et la seule de sa catégorie. Et si d’aventure la vie te présente mille raisons de pleurer ; montre-lui que tu as mille raisons pour sourire.
Hommage salutaire au duc Michel Tassy
Nous voulons, à partir de ce texte, donner la plus grande audience au duc Michel Tassy pour qu’il soit identifié et reconnu comme un porte-étendard de la culture nationale. Nous espérons prendre toute une année pour fêter l’évènement. Les festivités vont commencer à partir de la publication de ce texte jusqu’à la date du 3 novembre 2013 où il avait commencé au Borgne. Nous voulons donner à l’évènement toute la portée et toute la dimension nécessaire pour le faire sortir de l’ordinaire, de l’anonymat et faire considérer Tassy comme une icône nationale.
Ce sont les hommes qui créent les évènements.Tassy s’est battu de toutes ses forces et sur un parcours assez long pour réussir cet exploit unique dans les annales de la musique populaire de danse haïtienne. Il doit bénéficier d’un minimum de considération non seulement de la part de tous ceux qui ont joui directement de son talent et de ses efforts mais encore de celle de tous les citoyens haïtiens qui doivent éprouver une certaine fierté à parler de lui. Nous avions eu très peu d’occasions d’être fiers comme haïtiens.Tassy représente l’une des marches de l’escalier qui conduit à la gloire. C’est un acquis à consolider et à sauvegarder. Une leçon à apprendre et un exemple à montrer. Ces exemples, nous les trouvons rarement dans nos expériences quotidiennes. Bravo Tassy !
En juin 1974, Haïti avait participé pour la première fois à la Coupe du monde de football en Allemagne. Les joueurs haïtiens sont considérés jusqu’à aujourd’hui comme des dieux. Ce sont des héros qui ont mérité de la patrie. Ils sont d’autant plus respectés que jusqu’à aujourd’hui nous ne sommes pas en mesure de refaire l’expérience. On ne supprime que ce qu’on remplace. Ce niveau n’a jamais été atteint. Ce record n’a jamais été battu. Ils restent et demeurent des héros, des monuments vivants et connus.
Après la qualification d’Haïti pour la Coupe du monde de 74, les joueurs de la sélection nationale avaient effectué une tournée nationale pour être vus, connus et admirés par leurs concitoyens. Les journaux avaient présenté un documentaire sur chacun d’eux, et on le lisait aussi à la radio. Les entraînements de la sélection nationale étaient de véritables manifestations populaires, et on prenait le stade d’assaut bien longtemps avant. Ils avaient quitté le pays en prenant un bain de foule extraordinaire.
A leur retour, ils ont été reçus par les plus grandes instances de l’Etat au palais national. Ils ont été salués puis décorés au grade de Chevalier au cours d’une séance publique. Après plus de 20 ans, on a liquidé leur pension pour services rendus. Le pays a fait de ces hommes des célébrités. Dans leur domaine de compétence, ils constituent des références sûres. Ils sont consultés au besoin et représentent une voix écoutée dans le milieu parce que ce sont des valeurs tangibles et réelles.
Nous voulons placer Tassy à cette même hauteur et de son vivant. Nous resterons ouverts à toute proposition nous permettant de faire de lui une fierté nationale ; pour que dorénavant, lorsqu’on aura à parler de Dessalines, Alfred Moïse, Philippe Vorbe, Pétion, Roger Colas, Georges Marc, Daniel Larivière, Alain Turnier, Joseph D. Charles, Parisien Fils-Aimé, Wilner Nazaire, Emile Saint-Lot, Issa el Sahei, Nemours Jean-Baptiste, Josué Lamour, Ulrick Pierre-Louis.…..à cette liste non exhaustive, on ajoute le nom de Michel Tassy.
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