Le remaniement ministériel de ce 22 janvier 2013 marque un tournant. Qu'y a-t-il après la courbe ? Le miracle ou le ravin ?
Les Nostradamus à la petite semaine, les lecteurs de marc de café, les cartomanciens ont tous prédit ce mercredi un avenir sombre au prochain gouvernement.
En revanche, les grenouilles de bénitier, les fervents des jeûnes, des neuvaines de prière, des pèlerinages et les briseurs de toutes les murailles de Jéricho annoncent que le défi est à portée de main, le miracle possible; la nouvelle équipe délivrera la marchandise.
Aucun institut de sondage n'ayant effectué le décompte ni sondé l'opinion, impossible d'avoir des mesures justes ou approximatives de la taille des deux camps.
Qu'importe !
C'est la première fois que l'avenir d'un gouvernement est autant commenté avant le premier jour de travail des ministres. Après avoir attendu le remaniement, tout le monde se précipite dans le jeu des pronostics.
C'est l'effet réseau social. Internet est plus rapide que la lumière. Les opinions se partagent sans barrière ni médiation. On le pense, on le dit. On le dit sans le penser. On ne le dit pas ne veut pas dire qu'on ne le pense pas : on like, on retweet et le tour est joué.
Cette effervescence et l'instantanéité créent vite un effet boule de neige. Et dire qu'entre-temps les médias traditionnels continuent de faire leur travail, vous aurez une idée du poids des opinions publiques quand l'actualité s'échauffe.
Une nouvelle équipe gouvernementale est en place. Après l'arrêté de nomination avant le voyage pour Miami mardi, ce fut l'installation, avant le départ pour Davos, mercredi. Le président et le PM ont pris congé des sortants et évalué les arrivants. Le style est neuf. La méthode nouvelle.
Quelles questions ont-ils posé aux postulants au poste de ministre pour se convaincre qu'ils feront un bon ou une bonne ministre ? Comment jauger l'étoffe d'un chef, d'un visionnaire, d'un serviteur de l'État et de la société ?
Si nous ne saurons jamais quelle grille d'évaluation a été utilisée, voilà que, déjà, le président et le Premier ministre laissent la nouvelle équipe prendre ses marques.
Comment va-t-elle gouverner ?
Avant le miracle souhaité ou la catastrophe annoncée, décrypter la géographie de la formation gouvernementale occupe aussi le temps du public. Qui vient d'où ? Recommandé(e) par qui? Qui aime qui et a permis à qui de devenir ministre ? Idéologie, liens familliaux, passé récent, affaires de coeur, tout est pris en compte.
Conclusion: Ce nouveau gouvernement est rose et noir. Exit les compagnons de route de Lavalas qui avaient rejoint Tèt Kale. Exit aussi les tièdes sur la question des FAD'H. Exit les ministres qui pourraient avoir des réticences à avaliser certaines mesures. L'ouverture a expiré. Depuis l'explosion du gouvernement du Premier ministre Garry Conille, chaque remaniement renforce le pouvoir du palais national sur le gouvernement.
Une nouvelle ligne de partage se met en place avec le gouvernement du 22 janvier. La gestion pour le Premier ministre, le gant de fer pour le président. Le sourire de velours pour Michel Martelly, le rictus du gestionnaire de la précarité pour Laurent Lamothe.
Jusqu'à quand cette nouvelle équipe va-t-elle penser, conceptualiser et modeler l'avenir ? Va-t-elle inventer demain ou chercher dans les déboires d'hier les indications de la route à suivre ?
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