Le procès de Jean-Claude Duvalier traîne. On ne sait plus si on juge l'ancien dictateur ou le présumé prévaricateur. La raison est simple : s'il y a une poignée de victimes et des activistes des droits de l'homme qui veillent, s'émeuvent, rameutent, l'État haïtien ne se préoccupe pas du sort de cette action judiciaire. La société haïtienne non plus ne prête pas beaucoup d'attention à cette affaire. L'apaisement est le maître mot. Cette procédure judiciaire à la cloche de bois semble être une façon d'effacer lentement le tableau des crimes reprochés à tout un régime de 29 ans. L'oubli thérapeutique à la sauce judiciaire a ses adeptes. Plus nombreux que l'on ne le croit, ils se nichent dans toutes les strates de la société. À quoi bon ? s'interrogent ceux qui devraient être en charge de la poursuite. Depuis le 7 février 1986 (départ de Duvalier) et aussi après le 16 janvier 2011 (retour de Duvalier en Haïti), les gouvernants du jour, comme ceux d'hier, n'ont pas souhaité lever le voile sur le comment-gère-t-on-les finances-publiques-haïtiennes. Trop de mimis dorment d'un sommeil agité. La liste des crimes et délits traverse les régimes politiques depuis la chute des Duvalier comme l'eau le fait pour entrer dans les melons. Celui qui souhaite vraiment commencer à remuer les cendres du passé doit être assuré de son présent. Et ici personne ne sait quel costume il endossera demain. Et comme chacun connaît quelqu'un qui avait été aux affaires s'il n'y a pas été lui-même ou rêve d'y être... Cette affaire Duvalier dans laquelle l'ancien président à vie est érigé en cible principale devrait nous interpeller et nous porter à chercher pourquoi la liste des complices est si anémique. Et pourquoi la société haïtienne fait semblant de ne plus se souvenir de rien. En plus de cette amnésie, Duvalier jouit aujourd'hui des fruits de la transition démocratique tout en bénéficiant des lacunes insérées dans la machine judiciaire sous son règne et qui, depuis, ont essaimé comme des métastases d'un abominable cancer dans tous les interstices de la justice. Dans l'état (État) actuel, les faiblesses du dossier des plaignants et l'atmosphère ambiante ne vont-elles pas aider l'appareil judiciaire à laver légalement de toute charge Jean-Claude Duvalier ?