Cette semaine, s'est tenu un symposium sur l'historiographie allemande et la révolution haïtienne sous l'égide de la Société haïtienne d'histoire et de géographie, institution dont 2013 ramène le 90e anniversaire.
La révolution haïtienne concerne toutes les puissances dominantes des XVIIIe et XIXe siècles. Elles étaient sur le terrain ou dans les parages, attentives à ces nègres rebelles à l'ordre du monde. Chercher et rendre ce que les archives de ces pays ont retenu de ce temps-là n'est pas un exercice auquel se sont adonnés beaucoup d'historiens haïtiens. Le grand public, les professeurs, les étudiants, les intéressés ou ceux qui devraient l'être n'en savent pas grand-chose. Par pays, une petite poignée de chercheurs s'attelle à ces recherches croisées.
L'histoire est comme figée en Haïti. Nous sommes si fièrement attachés à notre passé tel que décrit dans nos manuels des classes primaires que nous craignons tout ce qui risquerait de remettre en question tel pan ou telle assertion généralement admise. Ne pas souhaiter dépasser le connu, ne pas mieux fouiller le passé pèsent sur nous comme une hypothèque.
Sommes-nous conservateurs par principe, paresseux, ou avons-nous peur de découvrir que l'histoire d'Haïti n'est pas ce récit véridique que nous avons ânonné à l'école?
Qui a évalué ou continue d'évaluer trois décisions prises entre 1791 et 1826 par les forgeurs de cette nation, à savoir la stratégie « koupe tèt boule kay », la construction d'un réseau de fortifications défensives et l'acceptation de payer un dédommagement aux colons français ?
Pendant plus d'un siècle, ces trois décisions vont accabler les finances publiques, le pays va les traîner comme de véritables boulets. Elles sont le socle de l'échec de la nation haïtienne qui perdit son élan et s'installa lentement mais sûrement dans la pauvreté en passant de la Perle des Antilles au seul PMA de l'Amérique, en moins de 200 ans.
Nous avons tout brûlé parce que les plantations ne nous appartenaient pas. Elles étaient le ciment de l'esclavage. Après l'indépendance, notre première mesure fut de nous préparer à défendre la patrie nouvelle. Pour ce faire des forts furent construits. Des ouvrages chers, loin dans les terres, qui n'ont jamais tiré un coup de canon pour défendre le pays depuis leur construction. La dernière mesure a été d'accepter de payer à la France ce qui est resté comme la rançon de l'indépendance, cette mal nommée dette de l'indépendance.
La mal-gouvernance s'ajouta à ces fardeaux. Chaque dirigeant haïtien s'acoquina avec un étranger, le Blanc honni, pour piller ce qui restait de ressources. Chaque fournée de présidents a chèrement emprunté pour honorer les engagements de leurs prédécesseurs. Nous nous sommes endettés pendant que les responsables de la chose publique se sucraient sur le dos de la chétive Haïti.
Depuis des siècles, diriger Haïti, c'est vite s'enrichir pour ensuite partir. Des colons absentéistes aux exilés pour toutes sortes de raisons, les capitaux et les cerveaux ont toujours fui ce bout de terre.
En quel siècle les élites haïtiennes n'ont-elles pas été convaincues que le pays s'effondrera après avoir vu de près et en profondeur les maux qui le rongent et la pauvreté des ressources disponibles pour briser le cercle vicieux de la lente descente dans les profondeurs abyssales de la pauvreté, du sous-développement?
Un des participants au symposium de la Société haïtienne d'histoire et de géographie a parlé d'autodestruction de l'élite blanche à la fin du XVIIIe siècle dans le Saint-Domingue prérévolutionnaire. Cette situation permit aux esclaves de remporter la victoire. Cette autodestruction, pour d'autres causes, se poursuit aujourd'hui pour l'élite haïtienne. La coupure de la dynamique du développement qu'entraînèrent les guerres révolutionnaires avant l'indépendance ne s'est pas inversée, deux siècles plus tard.
Pour comprendre tout ce qui nous arrive, il nous faudrait des symposiums sur l'histoire d'Haïti et remonter plus loin, beaucoup plus loin que la semaine dernière.
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