Ce mercredi 13 mars, assise tranquillement devant la télé, j'attends avec impatience, à l'instar des millions de téléspectateurs à travers le monde, cette fameuse fumée blanche qui doit annoncer la venue d'un nouveau pape. Je m'étais dit que cette fois-ci, je ne la raterais pas. Je veux voir la fumée blanche en direct, pas en différé comme lors des élections du pape Jean-Paul II ou de Benoît XVI. Télécommande en main, je zappe : EURO NEWS, FRANCE 24, EWTN... Mais, que vois-je ? Les chaînes américaines CNN, FOX, ABC sont aussi de la partie. Ce qui montre la portée de l'évènement. Il est planétaire. Environ 6 000 journalistes présents à Rome pour la circonstance dont Anderson Cooper, le reporter vedette de CNN. Et je réalise en même temps que le pape est peut-être le personnage le plus important de l'univers. Entre-temps, la place Saint-Pierre se remplit. Une foule bigarrée brave le temps pluvieux pendant que les parapluies multicolores se déploient. Les touristes, les curieux, les religieux et même les enfants juchés sur les épaules de leurs parents se côtoient en faisant de grands gestes devant les caméras. Finalement, je choisis de rester sur Euro News. Les reporters de cette chaîne se révèlent de vrais professionnels en essayant de meubler le temps qui passe par des commentaires, des informations, des rappels judicieux... Maintenant, la caméra est branchée sur la célèbre cheminée d'où doit s'échapper la fumée noire ou blanche, selon le mouvement du scrutin secret qui se déroule à l'intérieur de la chapelle Sixtine, sous le regard du Christ de l'immortel « Jugement dernier » de Michel-Ange. En attendant la fumée blanche, je me pose beaucoup de questions. Qui sera le successeur de Benoît XVI ? Sera-ce l'un de ces « papabili » dont on parle temps dans les coulisses du Vatican ? Voyons, l'Italien Angelo Scola vient en tête, puis le Canadien Marc Ouellet, ensuite le Brésilien Scherer. Personnellement, j'aurais préféré le cardinal Ouellet, peut-être parce qu'il est francophone. Mais de quel droit ? Seul l'Esprit-Saint aura le dernier mot. Entre autres, je suis préoccupée par tous ces racontars à propos de l'Église ou de la démission de Benoît XVI. Y aura-t-il des changements ? À quel niveau ? Soudain, la voix d'un reporter me ramène sur terre : « Je vois une fumée qui sort, elle n'est pas bien définie », avance-t-elle. Les yeux rivés sur le petit écran, je m'exclame : « Mais elle est blanche. » Et je me mets à crier : « Habemus papam ». Débordante de joie, j'appelle des amis pour partager cette bonne nouvelle. En un rien de temps, la place Saint-Pierre devient noire de monde. Pas d'espace même pour une minuscule épingle. À présent, les parapluies ressemblent plutôt à un vaste champ de champignons. D'où vient tout ce monde ? On dirait des effets spéciaux utilisés pour les besoins d'un grand film. L'attente se fait fiévreuse. Sur les visages on perçoit tantôt une profonde émotion, tantôt un large sourire ou encore une larme de joie. Un moment inoubliable ! Un des journalistes d'Euro News pense qu'il faut attendre au moins une demi-heure avant de voir s'ouvrir les rideaux rouges de la fenêtre du célèbre balcon. La pluie continue de tomber. L'horloge de la place Saint-Pierre affiche 6h18. Les cloches de la basilique Saint-Pierre se mettent à carillonner, suivies par celles de toutes les églises de Rome et du monde entier. Tous les regards convergent vers un groupe d'hommes qui avancent au pas de militaires. Ils se rapprochent. C'est la garde suisse. Coiffés de leur plumet, munis de leur canne, les Suisses sont emmitoufflés dans un ample manteau gris qui cache malheureusement l'uniforme bariolé dessiné par Michel-Ange. Quel beau mouvement de jambes et de bras ! Ils exécutent un magistral demi-tour avant de prendre place sous la fenêtre. Sur ces entrefaites, ils sont rejoints par deux corps de l'armée italienne visiblement chamarrés. Échange de salut. L'instant est solennel et pathétique à la fois. Je suis sous le charme des solennités de l'Église catholique. Je revois alors la grandiose procession précédant l'ouverture du conclave, la veille. Je revois les cardinaux revêtus de pourpre faisant une entrée majestueuse à la chapelle Sixtine, au rythme de la litanie des saints. Enfin, les rideaux s'ouvrent. C'est le nouveau pape. Non. C'est un cardinal français qui prononce la petite phrase tant attendue : « Habemus papam ». Nous avons un pape. Puis, les rideaux s'écartent et le nouvel élu apparaît tout de blanc vêtu comme le veut le rituel catholique. C'est un Argentin, précise Euro News. Le pape François (ex-cardinal Jorge Mario Bergoglio) débute son pontificat par une série d'innovations : premier à choisir le nom de François, premier Jésuite à monter sur le trône de Pierre, premier pape non Européen, premier pape du continent américain. Le visage auréolé d'un sourire paternel, il salue de la main cette foule innombrable qui se resserre de plus en plus pour voir, mais surtout pour écouter le nouveau chef de l'Église catholique apostolique romaine. Le pape François demande à la foule de se joindre à lui dans une prière pour son prédécesseur Benoît XVI. Dans une courte adresse, il remercie les cardinaux de l'avoir choisi et lance un appel à la fraternité au sein de l'Église. Puis, il donne la traditionnelle bénédiction « urbi et orbi », c'est-à-dire, à la ville de Rome et au monde entier. Je m'associe en pensée à tous ces fidèles massés sur la place Saint-Pierre pour recevoir la benédiction du Saint-Père. L'arrivée du cardinal Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, à la tête de l'Église catholique, à l'âge de 76 ans, suscite un élan de sympathie et d'espérance à travers le monde entier. Les chefs d'État, les responsables des autres confessions religieuses tels les juifs et les musulmans ont salué le choix du Sacré Collège en des termes très élogieux. Les vaticanistes le décrivent comme un homme de terrain, humble, très proche des réalités de la vie de tous les jours. La religion catholique prédomine en Argentine. Aujourd'hui, l'avènement du pape François me rappelle mon pèlerinage à la petite ville de San Nicolas, en Argentine, en 1996, célèbre pour les apparitions de la Vierge Marie. À l'époque, mon amie Thérèse venait de lire un livre de l'abbé René Laurentin : « Un appel de Marie en Argentine », quand elle a décidé d'emmener un groupe de pèlerins dans ce petit coin reculé, situé à près de 300 km de Buenos Aires. Ce pèlerinage m'avait permis de découvrir la grande foi des Argentins et surtout une Église à l'écoute de ses fidèles. Quand, en 1983, la Vierge Marie est apparue à la voyante Gladys Quiroga, dans sa chambre, sous l'appellation de Notre-Dame du Rosaire de San Nicolas, elle a tout de suite été encadrée par le clergé paroissial, puis par la Conférence épiscopale argentine. D'après le mariologue René Laurentin, Marie aurait donné ce message très significatif à Gladys Quiroga en 1987 : « Vous formez tous le corps mystique qui est la sainte Église dont le Christ est la tête. Le vicaire de mon fils sur la terre est responsable de ce corps, pour qu'il reste debout. C'est pourquoi, ne vous éloignez pas de votre pape. Suivez ses enseignements qui sont en définitive les enseignements du Christ... » En cette même année 1987, le pape Jean-Paul II, en visite en Argentine, s'était arrêté à San Nicolas pour réciter l'Angélus. Et voilà qu'aujourd'hui, le vicaire de Jésus-Christ est argentin. « Les desseins de Dieu sont impénétrables. » Le pape François accède à la papauté à un moment où l'Église est à un tournant. Comment va-t-il aborder tous ces problèmes ? Y aura t-il des réformes comme le souhaitent bon nombre de chrétiens ? Le nouveau pape est reconnu comme un homme de foi, un pasteur doué d'une haute spiritualité. S'il accepte cette lourde charge de diriger la barque de Pierre pendant que la mer est houleuse, il saura la mener à bon port, avec l'aide de Dieu ? Nous, catholiques, l'espérons de tout coeur et nos prières l'acccompagnent à l'occasion de son intronisation. Cependant, en cette circonstance, il est bon de se rappeler les paroles célèbres de Jésus en remettant les clefs de son Église à Pierre : « Pierre, tu es pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » (Mt 16 : 18).