Le Conseil transitoire du Conseil électoral permanent (CT-CEP), cet organe hybride, croisement inabouti du CEP (permanent) prévu par la Constitution et les CEP (provisoires) organisateurs de toutes nos élections depuis 1987, continue de chercher ses membres. Les listes se bousculent, les faiseurs de rois s'excitent, les candidats s'énervent, le temps passe. Pour corser la situation, quand ce n'est pas le président du Sénat qui se rend invisible et introuvable, c'est le président de la République qui s'offre un voyage d'agrément avant une tournée officielle dans la région. Quand l'un est là, l'autre ne l'est pas, et vice versa. Le président de la Chambre des députés comme celui du Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) sont dans leurs petits souliers. L'inconfort est le mal partagé par tous les présidents au cours de cette semaine cruciale pour le CT-CEP. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi, en dépit des annonces, des apparences et de toute logique, la composition définitive de ce CT-CEP est perdue dans la boule de feu. La marmite est encore sur le réchaud. Il y a un jour un ingrédient de trop, le lendemain une épice manquante. D'astucieux chefs cherchent la recette idéale pour préparer des élections crédibles ou, comme le supputent les mauvaises langues, la bonne recette pour avaler les élections sans les écraser - entendez par là le mode d'emploi pour remporter la mise en plumant une poule muette. Cette affaire de liste de membres pour former le prochain CT-CEP a aiguisé les appétits, trouble le sommeil et la quiétude de plus d'un. Chacun veut placer son poulain sur la ligne de départ. Des millions sont en jeu, le pouvoir au bout de la course. Impossible de cacher que les trois pouvoirs sont en désaccord. Le Parlement avec l'exécutif. L'exécutif avec le judiciaire. Le judiciaire avec lui-même. La Chambre des députés avec le Sénat. L'international avec l'exécutif. Oui, la communauté internationale fait partie des trois pouvoirs. Ne faites pas comme si vous ne le saviez pas. Depuis la décennie 80, ceux qui feignent de ne pas le savoir ont fini par se mordre le pouce un jour de grand froid dans une maison dépeuplée, loin de Port-au-Prince. Haïti, ayant le monopole des situations inédites, s'offre la première grosse crise pré-électorale de la région. Nous ne nous engueulons pas sur les candidats ni sur les résultats, pas même sur la manière de faire les élections ou sur la date de leur tenue. Ce n'est ni le mode de scrutin ni la loi électorale ou le financement des élections qui inquiètent, c'est le principe même de leur nécessité qui est en cause. Le législatif, le judiciaire et l'exécutif ne peuvent s'entendre pour organiser leur remplacement démocratique. La perspective de l'alternance rebute. En Haïti il ne faut pas s'étonner que pouvoir et toujours riment. Dans les rêves de nos chefs.