Georges Corvington a été pendant longtemps l'auteur haïtien, avec Roger Gaillard, capable de déplacer la grande foule à chacune de ses ventes-signatures. Corvington alignait les tomes de sa saga sur la ville-capitale. Gaillard restait dans le même sujet et sur une période bien précise de l'histoire nationale. Ils sont encore peu nombreux, les écrivains assez sûrs de leur succès pour convoquer périodiquement le public. L'application de Corvington lui assura pendant des années une clientèle de dévoués lecteurs. On voulait tout savoir de Port-au-Prince, et seul cet historien dévoilait la vie de la ville dans ses livres. On ne saura jamais si la ville de Port-au-Prince l'a rendu célèbre ou s'il a célébré la capitale plus que tous ses autres habitants. Georges Corvington ne répondra pas à cette interrogation. Il s'est éteint mercredi, chez lui, dans la ville à laquelle il a consacré son oeuvre. Historien par passion, en sept tomes, il a retracé l'histoire de Port-au-Prince, de 1743 à 1950. Il n'est pas permis de douter qu'il avait dans ses petits papiers ou dans sa tête une histoire de la ville contemporaine. Né le 6 novembre 1926, mort à 86 ans, Georges Corvington a connu Port-au-Prince belle et vide puis la ville encombrée et croulant sous le poids des défis d'une capitale incapable de maîtriser ses mutations. Avant de mourir, il verra Port-au-Prince finir sous les décombres après le tremblement de terre de 2010. Le sort de la cité le poursuivra jusque dans sa maison à lui à la ruelle Cheriez. Il se retrouvera coincé entre les débris et ses livres le 12 janvier. Dans un pays où l'on ne prend sa plume que pour défendre une idée ou une cause, quand ce n'est pas sa simple cause, Corvington fera cavalier seul avec un seul sujet : la ville. Ses deux derniers travaux dédiés au palais national et à la cathédrale de Port-au-Prince ne l'écartent pas de son champ de prédilection. Passionné, méthodique et modeste, l'historien a su construire une oeuvre résistante à l'usure du temps et aux modes. Grand ami du Nouvelliste, utilisateur du journal comme d'autres s'approvisionnent en matériaux, Georges Corvington mérite de susciter des vocations au sein de la jeunesse.