Un député a créé un précédent mardi. Abel Descollines a écrit au président de la République pour l'inviter à se départir d'un des ministres, Ralph Théano, chargé des relations avec le Parlement. Cette lettre ouverte arrive moins d'une semaine après que le ministre s'est fait chasser du Parlement et quelques jours avant que le Premier ministre Laurent Lamothe et son gouvernement n'y reviennent pour répondre aux questions des députés. La sortie rapide du ministre Théano la semaine dernière avait mis fin abruptement à une tentative de passer à la question le gouvernement. La séance fut mort-née. La lettre du député Descollines est une première comme seule l'administration Martelly-Lamothe en a le secret. Une première de plus, dirait-on, si cette façon élégante de demander la tête d'un ministre n'était pas un accroc. Le parlementaire, en écrivant au président et pas au Premier ministre, chef du gouvernement, bouleverse l'ordre établi, car c'est au Premier ministre de tenir ses ministres. En principe. Mais voilà, dans le cas de M. Ralph Théano, c'est lui, la dernière fois, qui a eu la tête de son Premier ministre, Garry Conille, en appelant les autres ministres à lui résister. Conille ne survécut pas à cette fronde. Aller frapper directement à la porte du président Martelly, est-ce la façon adroite trouvée par le député pour éviter une escalade dans un conflit larvé au sein du gouvernement ? Est-ce dire que seul le président est maître du gouvernement ? Est-ce une façon de passer par la fenêtre pour permettre au président de trouver un autre poste où caser Théano avant un prochain clash annoncé au Parlement ce jeudi ? Est-ce offrir au président Martelly le prétexte manquant pour opérer le ènième changement de gouvernement dont tout le monde parle ? Autre question que soulève la démarche : Comment le Parlement peut-il mettre fin à la carrière d'un ministre ? Simple. En le sanctionnant par un vote de censure. La procédure est tracée. Pourquoi Abel Descollines a-t-il évité de prendre la route dessinée par la Constitution ? Qui en veut au ministre Théano ? En priorité les députés du PRI, un bloc minoritaire. Élémentaire, dirait-on, en faisant un simple calcul de bon sens. S'il n'y a pas de majorité pour éjecter le ministre, qu'il reste en poste. Abel Descollines est du bloc majoritaire, Parlementaires pour la stabilité et le progrès (PSP), alliance censée être le bras du gouvernement au Parlement. Si c'est le cas, pourquoi diable le député Descollines de la majorité présidentielle s'en prend à un ministre de son camp ? Pour prévenir ? Pour enlever du pied du président une épine ? Pour brouiller les cartes ? L'arithmétique parlementaire n'est pas du "un plus un font deux" en Haïti. Sans être du même bord, les parlementaires qui ont des racines en commun partagent des idéaux qui nagent au-dessus de leurs intérêts politiques immédiats. Les coalitions depuis toujours sont fragiles et Ralph Théano par son attitude et ses propos a rallié contre sa personne une cabale alimentée de tous bords. On ne saura jamais toute la vérité dans cette affaire, pas plus que dans les autres, il ne reste pas moins que l'affaire Théano-Descollines fera date. A sa manière.