Le débat suscité sur le choix du ministre qui doit remplacer le Premier ministre à chaque déplacement à l'étranger sera relancé ce mardi avec le voyage que va effectuer aujourd'hui Laurent Lamothe à Washington. Plusieurs membres du cabinet ministériel ont déjà assuré l'intérim à la Primature au moment des tournées du Premier ministre en terre étrangère. Lors du récent voyage du Premier ministre Lamothe en Côte d'Ivoire, l'avocat bien connu Me Newton St-Juste avait critiqué le chef du gouvernement pour avoir choisi la ministre du Tourisme comme Premier ministre par intérim. Aucune loi ni instruction des anciens Premiers ministres qui se sont succédé de 1988 à 2012 n'empêchaient l'actuel Premier ministre de choisir un membre du cabinet ministériel de le remplacer en son absence. Cependant, peut-il continuer à désigner un membre du gouvernement à chaque voyage à l'étranger ? En attendant le vote d'une loi portant organisation et fonctionnement de la Primature, le Premier ministre peut normaliser cette situation en tenant compte des normes de préséance établies. Par une instruction, Laurent Lamothe peut choisir le ministre qui occupait le premier rang dans l'arrêté nommant le cabinet ministériel pour le remplacer. Ce membre du gouvernement conservera cette position jusqu'à ce qu'il soit relégué au second rang dans un autre remaniement ministériel. Il faut dire que le problème ne s'était jamais posé depuis l'adoption de la Constitution de 1987, car aucun autre Premier ministre n'avait effectué autant de voyages à l'étranger que Laurent Lamothe. L'introduction de ministres d'Etat au sein du cabinet ministériel au début des années quatre-vingt, sous la présidence de Jean-Claude Duvalier, avait permis d'établir toute une série de normes au sein du gouvernement en général et du Conseil des ministres en particulier. Dans les cérémonies officielles, en Conseil des ministres, et dans d'autres rencontres officielles, la préséance était de rigueur. L'arrêté présidentiel nommant le cabinet ministériel servait de guide au chef du protocole pour déterminer la place de chaque ministre dans une cérémonie. Le ministre dont le nom était cité en premier avait la préséance sur tous les autres ministres, en attendant le prochain remaniement ministériel. Le départ du régime de Jean-Claude Duvalier en 1986 a provoqué la mise à l'écart de toute une série de normes qu'on observait au niveau de l'administration. Les turbulences politiques qu'a connues le pays de 1986 à 1990 n'ont pas permis d'évaluer l'observance de ces règles. L'arrivée au pouvoir du président Jean-Bertrand Aristide en 1991 a en quelque sorte changé l'ordre des choses. Que ce soit dans les cérémonies officielles, en Conseil des ministres ou dans des rencontres des grands commis de l'Etat, la préséance au niveau du cabinet ministériel n'avait pas la même valeur comme auparavant. Les ministres n'avaient pas de siège fixe. N'importe quel membre du gouvernement pouvait s'asseoir à droite ou à gauche du président. Le même constat a été observé pendant les deux mandats de la présidence de René Préval. L'administration Martelly-Conille avait, dans les premières semaines de l'installation du cabinet ministériel, renoué avec les bonnes habitudes en Conseil des ministres où chacun avait sa place. Chaque ministre était identifié par son nom autour de la table où devait se dérouler le Conseil des ministres. L'administration Martelly- Lamothe n'a rien modifié dans les pratiques observées sous le gouvernement du Premier ministre Garry Conille.