Les membres du Collège transitoire du Conseil électoral permanent ont prêté serment hier vendredi après une semaine de la publication de l'arrêté présidentiel nommant ces neuf personnalités. Pourquoi le ministère de Justice et la Cour de cassation ont-ils mis une semaine pour cette formalité légale, alors que rien n'empêchait la prestation de serment des conseillers devant la plus haute instance judiciaire du pays depuis mardi ? Tractations, compromissions ou négociations ? Dans un sens comme dans l'autre, les membres du CTCEP sont entrés en fonction après leur prestation de serment. Ils vont se mettre au travail pour préparer les élections de cette année dans une conjoncture marquée par l'incertitude, le doute et surtout la méfiance. Après les élections controversées du CEP de Gaillot Dorsinvil en novembre 2010 et en mars 2011 et les scandales en cascade qui ont secoué différents conseils qui se sont succédé, il y a raison de s'inquiéter quand il s'agit d'élections en Haïti. Tous les yeux seront braqués sur ce Conseil qui a tout intérêt à prouver que cet acte de souveraineté peut contribuer à nous unir en lieu et place de la haine qu'il a toujours engendrée après chaque compétition. Combien de frères et de soeurs, d'époux et d'épouses, de voisins et d'amis sont restés ennemis en raison des élections de ces vingt dernières années ? S'il faut parler de bilan, le pays n'a pas tiré grand-chose de la majorité de ces élus budgétivores. Que ce soit au Parlement, dans les collectivités territoriales ou au palais national, en quoi ces élus ont permis au pays de franchir le seuil du sous-développement ? Il faut des élections pour combler les postes vacants, pour remplacer les élus dont leur mandat arrive à échéance. Mais pourquoi la majorité des députés, des sénateurs, des maires et des Casecs se soucient uniquement de privilèges au lieu de contribuer au changement social ? Il paraît que le refrain de la presse internationale en citant Haïti à tort ou à raison comme le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental ne résonne dans les oreilles d'aucun élu. Président, sénateurs, députés, maires et autres n'ont d'autres préoccupations que leur réélection ou celle de leurs proches. Car il faut maintenir le statu quo. Le moins qu'on puisse dire c'est que les neuf membres sont issus des trois grands pouvoirs de l'Etat ! L'expérience dans l'organisation des élections depuis la chute des Duvalier montre que le pouvoir exécutif a toujours été un acteur géant dans l'organisation des différentes joutes afin d'accaparer la majorité de postes au profit de candidats qui, pour la plupart, sont venus défendre leurs intérêts personnels. Le deuxième acteur constitue la Minustah et les ambassades étrangères établies en Haïti. Depuis les élections de l'année 2006, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti joue un rôle non négligeable dans les joutes électorales du pays. Qu'il s'agisse de contribution et d'orientation. La plupart des missions diplomatiques sont tellement présentes dans tous les compartiments de l'institution électorale qu'elles feraient mieux de désigner leurs candidats à l'occasion des prochaines joutes électorales. Ce Collège transitoire va-t-il laisser passer cette opportunité d'organiser des élections haïtiennes, avec le soutien des 60 000 fonctionnaires de l'Etat, des étudiants de l'Université d'Etat d'Haïti et de volontaires haïtiens ? L'aide de la communauté internationale ne peut-elle pas aider dans d'autres domaines prioritaires ?