Une convocation qui se transforme en apothéose, en une sorte de retour triomphal sur la scène politique : voilà l'ancien président Jean-Bertrand Aristide acclamé et accompagné par la foule de ses partisans tout au long de son parcours (du boulevard Harry Truman au boulevard du 15 octobre). Il faut placer ce retour dans son contexte : celui de la remobilisation de l'opposition et celui de la tenue prochaine des élections sénatoriales partielles et des électiions locales.
Pour le leader du Parti Fanmi Lavalas, qui a connu les affres de l'exil et de la violence, les défis, les questionnements, les tentations sont innombrables et, surtout, récurrents. Comment réorganiser un parti qui a éclaté en plusieurs particules, au cours de cette dernière décennie de déconvenues et de persécutions, de trahisons et d'échecs ? A quel type de résistances et d'adversités va-t-il devoir faire face si les forces antilavalassiennes (putschistes et GNBistes) se regroupent en un solide faisceau ? Ne cherchera-t-il pas à devenir l'avant-garde, la principale tête de pont de l'opposition parlementaire et extra-parlementaire par rapport au pouvoir en place ?
On ne peut pas faire l'économie de ces stratégies de luttes politiques et électorales. Leurs modes d'emploi, dans un camp comme dans l'autre, risquent de créer à tout prix, dans un pays si fragile comme le nôtre, des situations d'une extrême gravité.
Dans cet ordre d'idées, un parti de masse comme celui de Jean-Bertrand Aristide, qui a été au pouvoir à plusieurs reprises et qui jouit d'une popularité inégalée, a le devoir de jouer avant tout un rôle de temporisateur, de guide, de sage, pas seulement sur le béton (dans la rue), mais aussi dans la recherche de solutions pacifiques et concertées aux problèmes nationaux les plus passionnels, les plus dramatiques. Sur ces points, Fanmi Lavalas, par rapport à son image contrastée et par rapport à sa gestion calamiteuse du pouvoir, a donc d'énormes défis à relever pour permettre, avec la participation de toutes les autres forces vives du pays, au processus démocratique de se consolider de façon pacifique, en évitant les crises et les catastrophes du passé.
Louangé et décrié à la fois, aimé par le peuple et combattu par les élites, un homme politique comme Titid n'a plus droit à l'erreur. Pour cela, il doit choisir lui-même, péremptoirement, le rôle et la contribution qu'il compte jouer et apporter dans l'édification d'une Haïti démocratique et prospère. En est-il conscient désormais ?
Seule la suite des événements nous apportera clairement la réponse relative à sa personnalité perfectible ou irréductible.
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