Au Champ de Mars ce lundi alors que les dernières mains étaient mises aux stands où se dérouleront les festivités devant marquer le 14 mai 2013, et les deux années au pouvoir du président Michel Martelly, un singulier ballet a retenu l'attention vers midi : on accrochait de nouveaux posters à la gloire du président seul.
Ceux du début du mois, où un photomontage réunissant sous le slogan « Ayiti ap vance » le président Martelly et son Premier ministre Laurent Lamothe, avaient fait jaser. Ils sont éclipsés par les nouveaux. Aujourd'hui, seul le président suffit pour porter les lauriers (roses bien entendu) de l'Haïti qui avance.
Depuis 1988 que nous avons des présidents et des Premiers ministres, il existe une alchimie délicate qui permet à deux têtes de conduire l'exécutif. Par obligation constitutionnelle et non par convenance, à la tête de l'Etat existe une compétition sourde entre des amis, des amis politiques ou de futurs adversaires obligés de cheminer ensemble le temps d'un bout de route à la tête du pays.
On a vu Leslie Manigat choisir son ancien professeur Martial Célestin. Jean-Bertrand Aristide nommer son jumeau René Préval avant d'en faire son successeur. René Préval faire totalement confiance à Jacques-Édouard Alexis avant de l'empêcher d'être son successeur. On a vu aussi Aristide incapable de rester en couple avec Jean-Marie Chérestal et René Préval laisser choir sans sourciller Michèle Duvivier Pierre-Louis.
Pourquoi et comment cela tient, pourquoi et comment le mariage casse, la petite histoire à plus de réponses que les analystes politiques.
Le couple président-Premier ministre est un attelage délicat. Un rien défait la fine dentelle des relations particulières qui unissent celui qui a été élu au suffrage universel sur ses projets et cet autre que lui impose la Constitution qui a légalement et administrativement la charge de mener à bon port les réalisations du quinquennat.
Le ciment du couple exécutif est une confiance absolue l'un dans l'autre. Le président ne doit jamais douter de son Premier ministre. Ne jamais croire, sur aucun sujet, qu'il risque de se faire doubler. Le Premier ministre doit être assuré que la présidence ou le président lui-même ne lui fait pas d'enfant dans le dos, ne regarde pas ailleurs s'il n'y a pas meilleur candidat que lui. Au moindre soupçon, la fumée et les cendres remplacent le parfum de l'entente.
Dans les pays à régime parlementaire, la force des Premiers ministres leur vient de leur représentativité au Parlement. En Haïti, ce n'est pas le cas. C'est l'amitié entre le président et l'élu du moment qui détermine le destin politique de personnages sortis de nulle part pour être le premier des ministres. C'est la confiance qui permet au Premier ministre de durer, pas ses accomplissements.
.comSi vous avez déjà créé un compte, connectez-vous pour lire la suite de cet article.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.