Des festivités commémoratives des deux ans du président Michel Martelly au pouvoir, on n'a retenu, paraît-il, qu'une chose : le député Luckner Noël s'agenouillant devant le président Michel Martelly pour le remercier d'avoir mis le pays sur les rails du « développement ». Pour ne pas faire de jaloux, on pourrait dire pour avoir « développé », en seulement deux ans les circonscriptions des députés de la majorité présidentielle. S'il n'y avait pas cet acte surprenant du parlementaire, on mettrait peut-être l'accent sur le coût des festivités évaluées à quelque 40, 50, 100 millions de gourdes ? Aucune information officielle n'a été rendue publique à ce sujet. Ou encore sur les écarts de langage d'un artiste (Shaba de Djakout #1), qui, devant les objectifs des caméras et de la foule, a scandé « Martelly à vie ! ». Personne sur le podium n'a eu le courage de lui rappeler que le temps des présidents à vie est révolu, du moins, sur le continent américain. En l'espace d'une soirée, Luckner Noël est devenu très connu. Il a volé la vedette aux autres intervenants de la soirée, même au président Michel Martelly, la personnalité à l'honneur. En dépit des multiples canaux de communication utilisés par le chef de l'Etat pour vendre son image comme en période de campagne électorale, un geste a suffi, le député a capté toute l'attention. Si sur les pancartes et banderoles encore visibles au Champ de Mars et dans d'autres quartiers de Port-au-Prince, on n'invite pas les gens à voter Michel Martelly, on le remercie d'avoir fait en deux ans ce que ses prédéceseurs n'ont pas fait en des décennies. Seuls des gens extraordinaires peuvent inventer un bilan si extraordinaire pour le pouvoir « Tèt Kale ». En écoutant Luckner Noël et ses collègues du PSP (Parlementaires pour la stabilité et le progrès ), on pourrait penser que tout va pour le mieux dans le pays. « Le taux élevé du chômage, les problèmes environnementaux, les défaillances du système éducatif et du système sanitaire, l'insécurité alimentaire, l'insécurité (avec pour corollaire le kidnapping), le choléra, les conditions de vie abjectes dans les bidonvilles, la corruption dans l'administration publique » appartiennent au passé ? Les pluies diluviennes de mercredi soir, vingt-quatre heures après la fête du Champ de Mars, ont donné la réponse en tuant trois personnes à Meyotte, un quartier de Pétion-Ville. Les cas d'assassinat - dont celui de deux personnes à Bourdon et d'un policier (sa mère a été grièvement touchée) au wharf de Jérémie ce vendredi nous ont rappelé que nous marchons encore sur des oeufs en matière de sécurité. Entre le discours et la réalité, le fossé est grand. Les rapports internationaux sont là pour nous le rappeler.