La monnaie américaine s'échange à plus de 44 gourdes pour un dollar. La tendance, séance après séance, est à la hausse. Ce n'est pas la première fois que la devise de référence de l'économie haïtienne franchit ce seuil. Nous avons connu des niveaux de décote plus élevés dans le passé. Cela date de longtemps. De temps à autre, il y a des circonstances qui stabilisent ou renforcent la valeur de la gourde, cela ne dure jamais longtemps.
Dans la situation actuelle, il n'y a ni crise politique ni utilisation abusive de la planche à billets, même si un déficit budgétaire s'installe dans le paysage. Nous subissons surtout un ralentissement des flux de dollars de l'après - 12 janvier 2010 et un flux de dépenses publiques qui continue comme si nous imprimons les Benjamin Franklin. Ce n'est pas un hasard si la gourde s'enfonce.
Les importations aussi se portent bien. Pas celles qui entrent dans le pays par les voies légales (elles baissent régulièrement depuis deux ans), mais celles qui empruntent les sentiers de la contrebande. Nous consommons avec appétit. Tout vient de l'étranger. Il n'y a ni discours ni mesures protectionnistes pour garantir nos réserves de devises. D'ailleurs, l'État, qui remplit ses caisses à partir des douanes, a intérêt à ce que le volume des importations augmente chaque année...
Le pétrole, avec le fameux mécanisme PetroCaribe, constitue la principale mamelle de l'économie. Comme une soupape, la vente des carburants et le paiement différé permettent au gouvernement de passer à pieds joints sur les promesses non tenues de l'aide internationale. D'investir dans la pierre, dans l'asphalte ou dans l'éducation. Mais le pétrole, depuis quatre ans (2009-2013), est subventionné pour éviter une crise qui, à force d'être retardée, deviendra mortelle si le prix des produits pétroliers s'apprécie sur le marché international.
Pour essayer de combattre la vie chère, le gouvernement, après la subvention accordée sur le prix de l'essence, offre un riz importé du Vietnam à un coût défiant toute concurrence. Chaque dollar perdu sur une livre de cette céréale augmente le déficit budgétaire, empêche la conduite d'investissements productifs dans l'économie. C'est le choix « paix des tripes, paix des rues ». Jusqu'à quand cette politique pourra-t-elle être menée ?
La vie chère ne peut être combattue que par la création d'emplois, le président Michel Martelly l'a répété à l'Archahaie le 18 mai. Il était prévu que le parc industriel de Caracol fournisse quinze à vingt mille emplois dès cette année. Le rêve n'est pas encore une réalité. Moins de mille quatre cents emplois sont disponibles sur le site. L'industrie textile a repris des couleurs depuis quelques mois, les exportations ont augmenté, mais, proportionnellement, le nombre d'emplois créés n'a pas suivi la même courbe. Hope ou pas Hope, le secteur de la sous-traitance n'a pas tenu ses promesses.
Les revenus attendus du tourisme en général sont dans les projections, nourrissent les scénarios optimistes, pas encore l'économie réelle. Les touristes de Labadee ne vont toujours pas à la citadelle ni ne dépensent leurs dollars au Cap-Haïtien. Air Transat, avec sa petite dizaine de touristes par mois, amorce une pompe. Quel en sera le débit ? Combien d'années faudra-t-il attendre pour que le flot des visiteurs soit important ? Mystère.
Sur le plan local, les mesures de la Banque de la République d'Haïti pour accompagner la politique économique du gouvernement entraînent déjà une augmentation des taux d'intérêt sur les prêts aux entreprises et aux particuliers. Certaines institutions appliquent une augmentation de 20 à 30% des taux sur les prêts.
Le dollar s'apprécie, les taux d'intérêt sont revus à la hausse, les emplois demeurent introuvables, tout se met en place pour que la vie chère s'invite autour de la table, dans chaque famille haïtienne.
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