« L'accès aux places St-Pierre et Boyer est formellement interdit aux écoliers et aux étudiants durant les heures de classe », dit Mme Yvanka.
Le message laconique, posté le 24 mai en cours sur le compte Twitter @villebouge au nom de la mairie de Pétion-Ville, ne dit pas plus.
La mairesse principale, l'agent exécutif intérimaire Yvanka Jolicoeur Brutus, entend mettre de l'ordre dans sa commune. Elle veut éviter le désordre sur les deux principales places publiques fraîchement rénovées de sa ville, si l'on comprend bien les objectifs de ce tweet et du communiqué diffusé dans la presse par l'édilité de Pétion-Ville.
Les deux places-joyaux accueillent des jeunes, en uniforme, à longueur de journée. Il faut dire qu'il n'y a pas mille haltes plus accueillantes dans la ville fondée en souvenir d'Alexandre Pétion.
Beaucoup ont applaudi la mesure de la mairie. Cette mesure d'ordre va combattre l'école buissonnière, l'oisiveté et les déviances de toutes sortes que les jeunes attrapent comme de vilaines maladies en de tels lieux.
Les places sont-elles des espaces de débauche, de tentations ?
De quoi faut-il nettoyer nos places : de ce qui est mal qui s'y fait ou de ces jeunes qui y vont ?
Les agents de la mairie n'ont-ils pas pour mission de rendre et de garder ces places sociables et sûres ?
La mairie de Pétion-Ville, avec sa mesure drastique, se rappelle-t-elle la sociologie de nos vacations scolaires ? Avec de plus en plus d'établissements d'enseignement fonctionnant en plusieurs groupes, il y a toujours des élèves et étudiants en vadrouille entre des cours qui viennent de finir, d'autres qui n'ont pas encore commencé et certains qui n'auront jamais lieu.
Autre raison qui explique la présence de jeunes en uniforme dans les rues à toute heure : les renvois pour cause de retard ou d'arriéré de paiement.
Les écoles, pour se protéger, pour porter les parents à payer ou pour punir, expulsent les élèves à longueur de journée. Les empêchent d'assister aux cours. Les livrent aux tentations de la rue.
Les éducateurs poussent littéralement les enfants qu'ils sont censés éduquer dans les bras du vice. Chaque jour au vu et au su de l'Éducation nationale et de la société haïtienne. Les places de Pétion-Ville devraient être de plus enviables destinations que les trottoirs de cette ville.
La mairie de Pétion-Ville doit interdire dans sa commune aux établissements scolaires de renvoyer les élèves et étudiants aux heures de classe. Cela aura une portée plus significative que l'interdiction de l'accès aux places publiques faite aux élèves et étudiants.
Un maire responsable devrait aussi pouvoir réclamer des écoles et centres d'enseignement de sa commune d'avoir une cour, une bibliothèque, des espaces de vie et non pas reproduire comme ces lieux la politique « ôtez-vous-de-là »,
Il est plus facile, pour le moment, de faire des belles places de Pétion-Ville des lieux de vie saine que d'obtenir des écoles la garantie qu'élèves et étudiants y trouveront de la place toute la journée...
Allez, un petit effort Madame la mairesse, nos enfants le méritent bien.
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