Haïti vient de vivre une belle semaine de football. Une défaite honorable face à l'Espagne à Miami. Un nul héroïque arraché à l'Italie à Rio de Janeiro. Voilà que nous nous voyons déjà l'égal de ces nations championnes du monde. La performance est honorable. L'Italie, c'est l'Italie, l'Espagne, c'est l'Espagne, ne boudons pas le plaisir de ces petits moments de grand bonheur. Même si ces matchs amicaux n'avaient ni la pression ni l'exigence de résultat des rencontres jouées dans le cadre des compétitions officielles, les grands avaient à tenir leur rang. Bien entendu, il faudra que l'équipe haïtienne confirme tout le bien que l'on pense d'elle lors de la Gold Cup des prochains jours. Un match, deux matchs ne font pas d'une équipe, dont on ne pensait pas grand bien hier, un foudre de guerre. Cela dit, la clameur à chaque but, les hauts cris à chaque action d'éclat et la joie partagée par tout un peuple prouvent encore une fois que le foot nous rassemble et que ce sport mérite chaque gourde investie dans la préparation de nos joueurs. Mais il y a un mais et un gros, il est trop facile de hurler Haïti devant une télévision et de ne jamais aller au stade soutenir une des équipes engagées dans la compétition nationale. Il n'est pas normal que les compétitions ne se tiennent pas à tous les niveaux depuis le scolaire. Il est déplorable de constater que nos stations de télévision ne diffusent pas les matchs locaux. Le football n'est pas sur le piédestal qu'il mérite. Le football en Haïti est un sport de rente. Les joueurs transpirent, les dirigeants se saignent les quatre veines, deux ou trois entreprises investissent leur prestige et leur argent. De temps à autre, la grande multitude jette ses cris et un peu de salive dans le débat quand l'équipe nationale nous fait plaisir. Et c'est tout. Comme pour d'autres secteurs, nous nous régalons d'importation de vedettes et de spectacles. Maintenant que des terrains réglementaires prennent forme dans chaque commune, pourquoi n'existe-t-il pas un vrai programme de formation des entraîneurs, des arbitres et des dirigeants ? Pourquoi pas une politique massive d'académies du foot ? Pour exporter des joueurs, pour former plus de meilleures équipes, pour donner plus de plaisirs sains à la jeunesse et un exutoire local à la passion dont nous débordons, offrons-nous plus d'hirondelles pour un vrai printemps du football, pour un vrai printemps du sport tout simplement !