Deux mois et neuf jours après la démission de Marie-Carmelle Jean-Marie comme ministre des Finances suivie deux jours plus tard de celle de Régine Godefroy au ministère de la Communication, l'administration Martelly-Lamothe ne parvient toujours pas à combler ces postes vacants au sein du gouvernement. L'installation de Wilson Laleau au poste de ministre de l'Economie et des Finances en remplacement de Mme Jean-Marie ne peut en aucun cas combler le vide créé au ministère du Commerce qu'il dirigeait pendant dix-huit mois et dont le bilan n'est rien d'autre qu'un recensement des entreprises haïtiennes. Le sénateur John Joël Joseph a enfoncé le couteau dans la plaie au début de ce mois dans l'espace de deux interventions en séances publiques, à la Chambre haute, à l'encontre de la ministre des Haïtiens vivant à l'étranger. Le parlementaire, appuyé par d'autres collègues, a eu gain de cause en obtenant la démission de la ministre pour cause de nationalité étrangère. Trois départements ministériels sont depuis lors dépourvus de titulaires dans un gouvernement qui devrait mettre les bouchées doubles pour faire face aux urgences de toutes sortes dans les différents secteurs d'intervention.
Avec ce tableau de la situation, ministres, secrétaires d'Etat et directeurs généraux sont dans l'expectative jour et nuit en attendant un nouveau remaniement ministériel. Ce replâtrage, tant attendu, qui n'arrive pas encore, ne peut que nuire à la sérénité dont chaque membre du gouvernement a besoin pour faire fonctionner la machine administrative. D'aucuns pensent que les relations, moins cordiales qu'auparavant, entre le président et son Premier ministre seraient à l'origine de ce retard de plus de deux mois dans ce remaniement ministériel.
A l'occasion de la célébration du deuxième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Michel Martelly, le désaccord a éclaté au grand jour. Des posters frappés à l'effigie du président et du Premier ministre, avec le slogan « Haïti ap vanse », aux couleurs Rose et blanche du pouvoir, ont été affichés un peu partout à travers le Champ de Mars trois jours avant le 14 mai. La veille de la célébration de cet anniversaire, d'autres posters avec seulement la photo de Michel Martelly et avec le même slogan et les mêmes couleurs avaient remplacé les posters affichés auparavant. Des informations de sources dignes de foi font croire qu'il n'y a pas eu de Conseil des ministres depuis trois semaines, en raison de désaccords entre les deux hommes. Les interventions de la plupart des députés membres de la majorité présidentielle sont de plus en plus hostiles à Laurent Lamothe.
Selon toute vraisemblance, le président de la République a tout intérêt à trouver une entente avec son Premier ministre pour éviter la répétition du blocage institutionnel vécu de 1997 à 1999. La configuration du Sénat de la République, avec 20 sénateurs en fonction, peut difficilement permettre la ratification du choix d'un Premier ministre désigné par Michel Martelly au cas où la cohabitation avec Lamothe franchirait le point de non-retour. Les sénateurs Moïse Jean-Charles, Jean-Baptiste Bien-Aimé, Westner Polycarpe et Francky Exius accepteraient-ils d'approuver la déclaration de politique générale d'un Premier ministre de Michel Martelly ?
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