Le premier ministre Laurent Lamothe a trouvé un terrain d'entente avec les présidents des deux chambres sur un agenda législatif. Les présidents des blocs politiques présents au Parlement sont aussi partis de cet accord non signé qui engage les parlementaires à voter dans les 8 semaines qui viennent un ensemble de projets de loi prioritaires aux yeux de l'exécutif et nécessaires à la bonne marche du pays. Inutile de revenir sur la liste des lois prioritaires ou de parier sur quel projet sera transformé en loi d'ici la fin de cette session parlementaire. Attendons que les lois soient votées en bonne et due forme. Les parlementaires, toutes législatures confondues, ne se foulent pas la rate. Les séances servent à tout, sauf à leur travail de législateur. Enfin, servent rarement à voter des lois. Si les élus excellent dans l'art de ne pas faire ce qu'ils ont à faire, le gouvernement Lamothe vient de battre un petit record. Cela lui a pris deux ans pour comprendre que chaque élu est indépendant en dépit du fait qu'il promet allégeance à un parti, à un bloc politique ou à un patron politique. Aucun élu depuis 1986 ne vit dans la peur du président ou d'un ostracisme rancunier. Les représentants du peuple sont libres de leur choix. Les députés et les sénateurs, depuis 1986 et la fin du « parlement j'approuve » des Duvalier, refusent par principe d'aller dans le sens du gouvernement, quel que soit le régime en place. N'a-t-on pas vu les militaires pendant le coup d'Etat (1991-1994) avoir toutes les peines du monde à faire marcher à la pointe de leurs fusils les élus ? Fanmi Lavalas en contrôle de la quasi-totalité des postes entre 2001 et 2004 a été incapable de faire voter ses lois par ses élus. A l'inverse, n'a-t-on pas assisté aux opérations de charme du président René Préval pour rallier les parlementaires de tous bords dans son sillage ? Le sénateur Anacasis, grand décodeur des moeurs politiques haïtiennes, disait que le président a un sirop auquel nul élu ne résiste... Bien entendu, soigner l'égo et satisfaire les besoins abyssaux du Parlement coûtent cher au budget de la République, mais qu'est-ce qui coûte plus cher que l'inaction dans un pays comme Haïti ?