William Michel, agronome, lance de temps à autre un pavé dans la mare de nos pratiques agricoles. Il dénonce depuis des années des politiques inopérantes, des solutions bancales, des scandales aussi.
Comme le sujet est spécialisé et son ton -dans un article ou dans un micro- si spécial, la grande presse ne relaie pas ses alarmes.
William Michel parle, comme Jean-Baptiste, dans le désert.
Ceux qui se régalent des millions gaspillés dans l'agriculture continuent de couler des jours heureux en toute quiétude. Les bailleurs de fonds, assassins d'espérance, perpétuent leur oeuvre en toute bonne foi. Les politiques se gargarisent des projets fumeux qu'ils inaugurent. Les agriculteurs poursuivent leur reconversion en tous les autres métiers du monde et sous tous les cieux de la terre. Les Dominicains affûtent leur offre agricole pour satisfaire nos faims.
Dans le même registre, mais avec d'autres mots, Jean André Victor, agronome, dit, lui aussi, que la majorité des politiques mises en oeuvre en agriculture n'accouchent pas des solutions espérées.
Sérieux, langage articulé, scientifique jusqu'à la caricature, celui qui a longtemps analysé nos travers avec les yeux de Bouqui et de Malice continue de dénoncer nos errances dans plusieurs domaines. Inlassablement.
La grande presse, convaincue qu'Haïti est un pays essentiellement agricole, ne donne pas assez de place aux dénonciations et propositions de l'agronome Victor.
Jean André Victor et Michel William sont des lanceurs d'alerte. Personne ne les écoute. N'a intérêt à les écouter.
Les bailleurs de fonds sont heureux de trouver en Haïti un champ d'expérimentation grandeur nature à leurs projets. Les politiques sont heureux de croire qu'ils font mieux que leurs devanciers en reprenant leurs anciennes options. Les lobbies d'agronomes qui engloutissent les millions du secteur sont aux anges devant tant de persévérance. Les agriculteurs haïtiens continuent de déserter ce dur métier sans avenir. Les Dominicains ne s'inquiètent que de la venue d'autres fournisseurs.
L'agriculture en Haïti évolue au pays du Bon Dieu bon par excellence et du déni de l'expérience. Nous recommençons, sans honte ni répit, les mêmes mauvaises pratiques depuis si longtemps que nous sommes convaincus que cent fois sur le métier, le miracle finira par se produire.
Hélas !
Et voilà que la saison des cyclones arrive. Les intempéries vont, sans doute, effacer le tableau. Que la nature détruise ce qui a été fait, qui allait porter des fruits, espèrent les moissonneurs de nos champs de ruines.
L'agriculture en Haïti est le secteur clé de l'échec récompensé.
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