Une affaire judiciaire chasse une autre depuis des semaines.
La justice est prise à la gorge. On veut lui faire rendre gorge. Si elle ne meurt pas étouffée, elle finira écrasée, prise entre le jeu des intérêts divergents.
Les juges n'ont pas le temps de rendre leur verdict qu'une nouvelle cause passe au-devant de la scène.
La scène ? Est-ce bien dit ?
La justice est-elle chose sérieuse ou l'ombre projetée des envies des uns et des autres ? Sommes-nous au théâtre, au cinéma, dans une cour de récréation où les blagues se suivent et se ressemblent ?
Oh ! que non.
Nous sommes au plus haut sommet de l'État. Les concernés sont des responsables de la chose publique, des parlementaires, des hommes de loi, des citoyens honorables. Ils ont foi, loi, toit, titre et qualité.
Pouvons-nous enclencher et laisser aller à leur terme les procédures judiciaires, respecter les marches à suivre, nous courber devant le train-train de la Dame aux yeux bandés ?
Oh ! que non.
Tout le monde est pressé. Veut hâter la marche du temps ou souhaite stopper les horloges.
Au bal des chimères, la valse est bancale. Le droit, la procédure, la crédibilité, la justesse des arguments se perdent dans les plis des toges.
Les juges ne jugent plus. Les avocats ne plaident plus. Les parties, sans s'épargner les coups bas et les tours de passe-passe, s'en remettent aux médias.
L'opinion ne se prive pas de décider, de deviner, de supposer qui est coupable, qui mérite l'absolution ou sa suspicion éternelle.
Cette nouvelle forme de justice aux décisions suspendues n'est pas plus honnête, ni plus sincère, ni plus démocratique, ni plus réparatrice que l'ancienne, celle où la loi du plus fort est la meilleure.
Le glaive et la balance n'ont jamais été en plus mauvaise posture. La justice pourra-t-elle rendre justice ? Cette question, chacun doit se la poser.
Au bal de nos chimères judiciaires, la soupe est servie. La queue ne désemplit pas à la buvette. Sans avoir le temps de faire la grimace d'usage, les affaires s'enfilent. Voup ! Vap !
La machine judiciaire ou ce qu'il en reste joue, ces jours-ci, une de ces batailles qui annoncent la fin d'une guerre, d'une période, d'un modèle. La naissance d'une nouvelle ère.
Laquelle ?
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