La visite en Haïti du sénateur américain Bill Nelson le week-end dernier a, semble-t-il, changé le cours des événements. La position de plus en plus musclée du pouvoir exécutif sur l'organisation des élections, à la fin de cette année, a vite cédé la place à la flexibilité qui a poussé l'ancien sénateur Lambert à rechercher le dialogue avec les pères conscrits sur le litigieux dossier des sénateurs élus en 2009. Joseph Lambert s'était rendu au Sénat mercredi afin de préparer une rencontre entre le chef de l'Etat et les sénateurs. Martelly veut dialoguer avec les parlementaires pour éviter une nouvelle crise politique au début de l'année 2014. L'idée d'organiser les élections à la fin de cette année pour les deux tiers du Sénat et les collectivités territoriales a été discutée au plus haut sommet de l'Etat avec les membres de la majorité présidentielle à la Chambre des députés. Les avis étaient partagés au sein du bloc majoritaire quant à boycotter le vote de la loi interprétative adoptée par le Sénat pour garantir le respect de la sixième année de mandat des sénateurs élus en 2009. A la Chambre des députés, les Parlementaires pour la stabilité et le progrès (PSP) ont mis la pression pour empêcher que cette loi soit placée en priorité dans l'ordre du jour de la séance de mercredi. C'est ce qui a provoqué la bagarre entre un député du PSP et un autre d'un des deux blocs minoritaires. Pour ne pas trop fragiliser la Chambre basse notamment sur les recommandations du sénateur américain Bill Nelson, Martelly va à la conquête des pères conscrits afin de trouver un accord. Quel accord est-il possible de trouver entre le chef de l'Etat et les sénateurs alors qu'ils ont déjà voté une loi interprétative leur permettant de rester en fonction jusqu'à la sixième année de leur mandat ? Mis à part le sénateur Moïse Jean-Charles, les autres parlementaires n'affichent aucune objection pour dialoguer avec le chef de l'Etat. Cependant, ils ne vont pas transiger sur le vote de la loi interprétative susceptible de garantir le mandat constitutionnel du tiers du Sénat élu en 2009. Tout porte à croire qu'ils vont proposer à Michel Martelly de créer les conditions pour que les élections pour le renouvellement de la Chambre des députés se tiennent en novembre 2014 ainsi que le renouvellement du tiers du Sénat issu des élections de 2009. Ce scénario paraît plus réaliste et pourrait éviter la dégradation des rapports entre le Parlement et l'exécutif au début du mois de janvier 2014. A quoi cela servirait à Martelly de se débarrasser des sénateurs Moïse, Bien-Aimé et Exius le deuxième lundi de janvier, si cette décision en plus d'être inconstitutionnelle pourrait contribuer à plonger le pays dans l'instabilité politique ? Les médias occidentaux n'attendent que les mauvaises nouvelles d'Haïti pour dire que nous Haïtiens ne sommes pas encore prêts pour recevoir l'investissement étranger aussi bien que l'industrie touristique. La balle n'est-elle pas dans le camp de Martelly ?