Un artiste qui lance une affiche espère l'affluence. À la mesure de sa réputation ou de l'attente du public, l'affluence est au rendez-vous. De ce point de vue, Michel Martelly a réussi la soirée des vingt-cinq ans de son orchestre, Sweet Micky. Réussie, si on prend en compte le prix du billet d'entrée, si on prend en compte le nombre de participants, la qualité du spectacle offert par le chanteur-président. Cela dit, si la célébration projetée par l'artiste a été une réussite samedi dernier, le rendez-vous pris ce mercredi par le président avec les partis politiques est un énorme raté. Les partis politiques ont décliné l'invitation à dialoguer avec le premier mandataire de la nation. Une rencontre de haut niveau entre le président de la République et la classe politique reportée sine die faute d'accord sur l'ordre du jour, à cause de divergences graves après des propos tenus par le chef de l'État sur les responsables des partis politiques et sans doute et surtout à cause du mauvais climat qui se développe autour de l'organisation des prochaines élections... cela ne se produit pas tous les jours. Le président s'est fendu d'une adresse à la nation pour faire le point sur ce flop. En Haïti, depuis le premier Conseil électoral provisoire du temps du général-président Henry Namphy, tous les exécutifs ont voulu altérer les règles du jeu en introduisant des éléments pour édulcorer l'autonomie et l'indépendance du Conseil électoral, institution née avec la Constitution de 1987, une des conquêtes du 7 février 1986. Avec ou sans la complicité du CEP lui-même, les présidents se sont tous vus faiseurs de rois, maîtres du jeu, ordonnateurs en chef des élections. Ertha Pascal Trouillot est et demeure l'exception qui confirme la règle. Qui aurait cru que Michel Martelly, le président élu envers et contre le CEP qui a eu à organiser les élections dont il sortit vainqueur, serait, deux ans plus tard, dans la liste des présidents interventionnistes, de ceux plus intéressés aux résultats des élections avant qu'elles ne se tiennent au lieu d'être parmi les artistes qui laissent faire les événements sans être pour autant désintéressés au verdict des urnes ? Le legs de chaque président haïtien ne tient pas dans les avancées colossales qu'il rêve de nous faire faire, mais dans les petits pas qu'il accomplit. De bonnes élections, on ne le dira jamais assez, sont la cerise indispensable sur le gâteau. Michel Martelly, samedi à Tara's, n'a eu du succès pour sa fête à 300 dollars que grâce au souvenir laissé par ses compositions, souvenir qui expliquera à l'artiste que le politicien qu'il est devenu doit déjà travailler pour l'avenir avec un grand A, des élections avec un grand E. Comme pour les grands bals, les élections ne se dansent pas seul...