Depuis 1987, nous connaissons en Haïti des crises postélectorales, cette fois-ci la crise est d'abord préélectorale. Que faire ? Dans plusieurs de nos articles, nous avons sans cesse soutenu la thèse que seul un dialogue national peut aider Haïti à sortir de cette situation chaotique. Chers compatriotes, tant que nous n'acceptons pas d'emprunter le chemin du dialogue notre pays sera toujours ingouvernable.
De nombreux pays ont expérimenté le dialogue national pour résoudre leurs problèmes de société. Les résultats sont satisfaisants. Nos voisins, les dominicains, sont parvenus à instaurer et maintenir chez eux une stabilité politique, sociale et économique grâce à un processus réussi de dialogue national. Le Rwanda, le Bénin, le Mozambique, l'Afrique du Sud et bien d'autres pays ont fait une expérience de dialogue social, les appellations sont diverses mais les résultats escomptés sont les mêmes. Certains pays des Amériques et des Caraïbes comme le Pérou, le Guatemala, le Panama ont également utilisé cet instrument démocratique pour résoudre les problèmes des minorités ethniques et les conflits provoqués par l'exploitation des ressources naturelles.
Qu'en est-il d'Haïti ? Qu'est-ce qui nous empêche de lancer un processus de dialogue national ? A croire la position de tous les acteurs politiques, le dialogue national est l'unique solution pour sortir Haïti de ces crises interminables. Nous en sommes conscients, mais nous n'avons ni la capacité ni le courage de nous y engager. Faut-il que la communauté international4 nous l'impose ? Il y a un ras-le-bol d'Haïti inexprimable. Comment pouvons-nous nous sentir confortables dans cette situation de misère, d'insécurité, d'ingouvernabilité ? Ç'en est trop.
Le présent article entend proposer la mise en place d'une Secrétairerie d'Etat chargée du dialogue national. Une telle institution aura pour tâche de créer les conditions nécessaires au lancement du processus de dialogue national.
Profil du secrétaire d'Etat chargé du dialogue national. Il devra être un personnage capable de regrouper autour de lui un large consensus. Quelqu'un au-dessus des partis et des intérêts de chapelle. Il doit être un personnage ouvert, capable de dialoguer avec tous les secteurs de la vie nationale avec lesquels il doit définir les modalités et conditions de mise en oeuvre du dialogue national. La Secrétairerie d'Etat chargée du dialogue national recueillera les propositions de tous les secteurs. Elle élaborera un document stratégique proposant une méthodologie d'application et des éléments pertinents pour un dialogue constructif. Il reviendra à l'exécutif d'en assurer le suivi. Nous lançons cette proposition dans l'espoir que les instances concernées prendront la peine de l'analyser, de la peaufiner, d'en envisager l'éventuelle faisabilité.
L'Etat haïtien ne peut se croiser les bras et regarder le pays aller à la dérive.
Chers compatriotes, avons-nous conscience de l'état de délabrement de notre chère Haïti ? Nos villes sont sales et mal construites. Nous avons une couverture végétale de moins de deux pour cent. Nos terres ne produisent plus. Nous n'arrivons plus à nourrir nos familles. Manger est devenu un grand luxe dans ce pays. Et que dire des soins de santé. Enfants, jeunes et vieux des deux sexes se livrent à la mendicité. Nos institutions fonctionnent mal. Les inégalités sociales sont criantes. La vie politique reflète l'irresponsabilité de nos mandataires ; la vie sociale est caractérisée par notre refus de respecter l'ordre établi par nos lois ; quant à la vie économique, elle est l'expression de notre incapacité à définir un modèle économique adapté à nos exigences. Que sommes-nous donc devenus ? nous qui étions jadis la perle des Antilles, la fierté de nos frères africains. Mettons de côté nos intérêts mesquins, dialoguons pour trouver les solutions à nos problèmes sociétaux.
Nous invitons les forces morales de ce pays à assumer leurs responsabilités devant la nation. Partout ailleurs, qu'il s'agisse de Dialogue social, de Conférence nationale, d'Entente nationale... l'initiative a toujours été l'apanage des autorités morales. Rappelons-nous du rôle qu'a joué l'Archevêque anglican Desmond Tutu dans le processus de réconciliation en Afrique du Sud ; du leadership de Mgr Agripino Nuñez en République dominicaine dans la réussite du dialogue interdominicain, pour ne citer que ceux-là.
L'objectif principal d'un dialogue national est de promouvoir un espace de concertation afin de dégager un consensus sur les principaux problèmes de gouvernance. Le dialogue inclut tout type de négociation, d'échange d'informations entre les différents secteurs sur les questions portant sur la politique, l'économie, le social, etc. La force d'une démocratie se mesure à l'aune de sa capacité à générer des consensus pour résoudre des problèmes parfois non prévus par les lois et les constitutions.
Nous profitons pour saluer l'initiative de la Confédération des Haïtiens pour la réconciliation (CHAR) et de la Cellule de réflexion et d'action nationale (CRAN) pour leur louable projet de réunir les diverses fractions de la société civile dans un grand rassemblement dans l'optique d'organiser au moment opportun le Congrès de l'entente inter haïtienne.
Nous exhortons le président Michel Joseph Martelly à employer le temps qui lui reste de son mandat à la réalisation du dialogue national. C'est le plus beau cadeau qu'il pourra offrir à ce pays. Ce faisant, il passera dans l'histoire comme celui qui aura pacifié la République et qui aura permis à Haïti de se mettre sur les rails du développement durable, de la modernité et du progrès social. Le slogan « Haïti is open for business » sonne vain sur les lèvres de nos dirigeants, car la réalité de notre pays est ce qu'elle est. Inutile de vouloir la maquiller. Ce climat d'instabilité ne garantit la confiance à aucun investisseur. Cependant, nous pouvons encore réussir le pari dans la mesure où nous acceptons d'emprunter la voie du dialogue national. Faisons-le pour nous, pour nos enfants, pour les générations futures.
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