Leslie Péan n'y va pas de main morte. Dans sa dernière colonne datée du 19 août, il demande carrément le départ du président Martelly. "Le consensus",écrit-il, "est que le président Martelly doit tirer sa révérence. Solution au moindre coût pour tous." Je prendrai, si on me le permet, la position opposée: le président Martelly doit rester et terminer son mandat. Comprenons-nous bien! Du point de vue politique, la gestion de M. Martelly est impulsive, irréfléchie, arrogante et pour couronner le tout, polarisante. Il exacerbe toutes les contradictions quelque peu apaisées par M. Préval. Et surtout, il n'apporte de solutions à rien. Sans faire le compte de ce qu'on peut lui reprocher, disons tout de suite qu'il est en bonne voie pour être un très mauvais président. Mais, il est le président et c'est lui qui a gagné les dernières élections. La position de principe est donc qu'il doit finir son mandat. De plus, c'est la position de moindre coût. Car enfin, a-t-on déjà oublié les coûts du dernier départ forcé? Une occupation. Deux ans d'une transition lamentable avec M. Gérard Latortue. Cinq ans avec M. Préval pendant lesquels nous n'avons pas fait un pas. Et au bout du compte, M. Martelly, qui fait reculer le climat politique de 10 années, ou plus. C'est cela qu'on voudrait recommencer. Merci, mais non merci! Je n'ose pas imaginer comment se passerait une transition post-Martelly. Sans doute qu'il y a des coûts à garder M. Martelly. Mais, on ne peut avoir recours à des moyens non démocratiques pour faire avancer la démocratie, ni à l'agitation des rues pour améliorer la stabilité politique. La révolte est une bonne chose et elle est même peut-être nécessaire en ce moment même. Mais il faudrait se révolter contre un système qui ne marche pas et non contre un homme, qui lui-même se bat (mal!) aussi contre le système et en sort perdant. Notre problème est un mode de gouvernance qui ne fonctionne pas, pas seulement un homme au pouvoir. Aucune des trois branches ne fonctionne correctement. Ni l'exécutif! Ni le législatif! Ni le judicaire! Pourquoi ferait-on plus de crédit au Parlement qu'à l'exécutif? ou aux tribunaux? Qu'on me cite une institution dans ce pays en quoi on a confiance! Le système est pourri et il est logique de croire que placer un autre homme à la tête du système changera la personne plutôt que le système. Et, circonstance aggravante, sans la légitimité d'une élection, on lui contestera tous les pouvoirs, y compris celui de changer les choses. Et, si en fin de compte, c'est là l'objectif, pour que quelque chose change dans ce pays, nous pourrions commencer ici, maintenant, en acceptant que le meilleur chemin pour arriver à une démocratie fonctionnelle, c'est de prendre M. Martelly jusqu'à la fin de son mandat. Le boire jusqu'à la lie.