L'homme, depuis l'espace intra-utérin, a affirmé certains traits sentimentaux ou affectifs caractérisés essentiellement par un attachement fort et stable pour ses parents, particulièrement sa mère, sauf condition de trouble de développement foetal très particulière telle que l'autisme. Au fil de son développement et de sa croissance, notamment vers l'apogée de l'adolescence ou à l'âge adulte, ces caractères affectifs s'affirment de manière très ostensible. Les orientations et des ambitions sexuelles commencent par la suite à prendre forme allant de coup de foudre jusqu'à l'établissement des relations conjugales les unes plus superficielles, les autres très fusionnelles comme le concubinage ou le mariage. En dépit de la diversité de conceptions, des influences sociales, religieuses et culturelles et de l'évolution des sociétés humaines, s'engager ensemble pour partager le quotidien et construire un foyer reste un voeu jalousement chéri par la plupart des gens. Car la famille reste incontestablement le socle fondamental de la société et un élément indispensable au maintien de la perpétuité de l'espèce humaine. Même si le mariage, jadis considéré comme le moyen ultime d'entériner une relation de couple, est désormais moins privilégié, la famille matrimoniale fait figure de référence dans notre société. Les préjugés battent leur plein de telle sorte que la dignité de la personne humaine, selon certaines cultures ou opinions publiques, exige qu'elle naisse des parents unis par des relations harmonieuses et stables ou une alliance matrimoniale. Dans les sociétés occidentales, en dépit de l'émergence du modèle de couple symbiose basé sur une conception très égalitaire entre l'homme et la femme où les rapports humains sont essentiellement régulés par l'amour, le dialogue, la négociation et la compréhension, aucune relation de couple n'est exempte de difficultés. Contrairement à nos attentes fondées sur des illusions puisées dans les contes de fées et dans les romans ou les chansonnettes, la vie de couple comme celle de toute institution ou structure sociale n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Pourtant, de nombreuses personnes, célibataires ou conjoints de fait, songent anxieusement au grand bonheur. Commencer une relation amoureuse comporte toujours une part de risque. Rien n'assure à un couple qu'il passera sa vie ensemble. Les sentiments et la vie à deux ne sont jamais garantis. En revanche, les crises font partie inhérente de la vie de couple et se situent tant à l'articulation des évènements normatifs et para-normatifs de la vie même (la naissance d'un enfant, la distanciation, le chômage, le besoin de réalisation et de différenciation des partenaires), des attributs conscients ou inconscients de la personnalité des conjoints que des influences extérieures. Cela se reflète, d'une part, par un taux vertigineux de divorce ou de séparation et, d'autre part, par les sondages d'opinion. Toutefois, une perception divergente de la crise, un décalage de prise de conscience entre les deux partenaires peut bel et bien exister. L'un peut être confronté à des difficultés dans sa vie de couple alors que pour l'autre tout va bien. Ces crises peuvent se traduire par des conflits explosifs pouvant déboucher sur des actes de violence de toutes sortes surtout lorsqu'on s'engage dans le rapport de forces ou tout simplement par une diminution des sentiments positifs par rapport au partenaire, des écarts relationnels, la frustration, le silence puis repli. Cependant, s'il est vrai qu'on ne peut pas ignorer l'interaction indissociable entre la sphère cognoscitive et affective, il n'en demeure pas moins vrai que la vie conjugale ne soit pas toujours conjuguée à la dimension intellectuelle de l'être. Elle reste et demeurera une question à la fois assez préoccupante, paradoxale et alambiquée. L'expérience de la formation prénuptiale par la plupart des communautés religieuses et les avancées des sciences humaines et sociales en matière de prévention et gestion de conflits de couple sont largement répandues à travers la planète, mais le creuset entre la théorie et la pratique est incommensurable. Et l'on est en droit d'affirmer que la réussite du couple dépend moins de notre quotient intellectuel que de nos capacités de comprendre et de maîtriser nos émotions. Quand cette vérité est bonnement délaissée dans le quotidien des relations conjugales, on risque de s'aventurer dans de sables mouvants d'insolentes mésaventures regrettables et même irréparables. La conviction que le niveau intellectuel par l'instruction développe aussi des sentiments dont l'association contribue à la formation du caractère est l'un des plus dangereux préjugés de notre société. Le bonheur conjugal n'est pas forcément tributaire des acquis de l'intellect à travers des livres ! Les mathématiques et les sciences physiques telles qu'on les a apprises sur les bancs de l'école ou de l'université n'admettent jusqu'à date aucune formule cartésienne permettant d'atteindre le bonheur conjugal. Malheureusement, les trois quarts du temps, on agit sans tenir compte de la différence qui sépare les sentiments de la capacité intellectuelle. Certains prétendent à tort ou à raison, d'être bien cultivés, éduqués, formés ou instruits. Leurs oeuvres, leurs compétences, leur professionnalisme et leurs aptitudes, en réalité, témoignent couramment des attributs extraordinaires dignes de l'appréciation de tous. Pourtant, au fond du subconscient gît un instinct mouvant, insaisissable, inextricable et complexe qui entrave parfois son épanouissement personnel, voire conjugal. Le pire, c'est que l'on s'en rend compte parfois lors d'une regrettable mésaventure qui pourrait être évitée. Tandis que, paradoxalement, certains de nos frères et soeurs de la plus défavorable strate sociale et économique épinglés sous l'abominable étiquette d'« analphabètes » remportent souvent la palme avec éloquence. En effet, aucune thèse n'est maintenue pour expliquer ce constat paradoxal et indigeste. Mais dans un élan scrutateur, il est à noter, si nous ne nous abusons, pas que les influences sociales et le niveau intellectuel s'érigent souvent comme un handicap majeur à l'épanouissement de certains couples. La réussite des couples défavorisés réside souvent tout simplement du fait qu'ils n'ont pas de grands rêves. Ils vivent un jour à la fois, se soucient peu et ont des attentes très humbles. Ce qui leur procure une inébranlable résistance à la frustration et subséquemment un meilleur contrôle de leurs émotions dans la gestion de leurs crises. Tandis que les valeurs instructives inculquées à nos intellectuels tant à la maison que dans les universités traditionnelles font d'eux des rêveurs très soucieux avec de grandes attentes. Ces intellectuels sont très stricts, cartésiens, figés sur les principes et croient fermement, selon certaines cultures, que leur réussite passe obligatoirement par l'épanouissement du couple. Le moindre heurt peut les conférer un sentiment de frustration et d'insécurité affective qui rend parfois la relation très explosible. Somme toute, vouloir se persuader qu'une relation conjugale soit toujours une source d'épanouissement et n'apporte que du bonheur et de la félicité, tout le temps et à jamais, est une appréciation purement subjective et chimérique. Une telle persuasion n'est qu'une façon de fermer les yeux sur la réalité, de se leurrer ou de se préparer la frustration et la déception. L'affirmation selon laquelle la dynamique de développement et de fonctionnement de la vie de couple est toujours convoitée aussi bien de conflits que d'ordre, de divergences que d'accord, d'antagonismes que de synergie est relativement récente. Toute velléité de privilège d'un de ces aspects engendre disgracieusement une ambiance psychiquement malsaine, insupportable et sans précédent. Comme l'a dit le psychiatre et psychanalyste américain d'origine hongroise René Arpad Spitz : « Une existence sans conflit est une existence d'avare ». En réalité, les crises conjugales ne sont pas toujours mauvaises. Comme toute énergie qui se libère, à partir de l'atome, de l'essence ou de la dynamite, elles ont un aspect négatif et un aspect positif inimaginable. Tout comme des abeilles puisant du miel de l'amertume des fleurs, elles représentent, entre autres, un moment de vérité, une vérification de l'état de santé de cette relation et offrent aux conjoints l'opportunité de se forger un renouveau harmonieux par l'acquisition d'une meilleure connaissance de soi et du partenaire en tant que personne unique. Le philosophe Héraclite, l'auteur de la célèbre formule : « Polémos (le conflit), a raison d'affirmer que l'harmonie procède d'une lutte entre les contraires, c'est l'accord de tensions inverses : « Ce qui est taillé en sens contraire s'assemble ; de ce qui diffère naît la plus belle harmonie ; tout devient par discorde.» A la lumière de ces lignes, il nous semble que « se dire oui pour la vie » est de nos jours une sorte de fantaisie ou chimère. Car la vie à deux est incertaine - un enjeu actuel. Il faudrait se promettre de s'efforcer ensemble, enmalgré vents et marées, afin de surmonter tous les éventuels aléas pour que continue la vie à deux.