En foulant aux pieds la voie légale et démocratique d'un processus électoral sans combines, en créant bêtement les vedettes au Parlement, en exacerbant les tensions et en polluant l'atmosphère politique, le pouvoir en place laisse l'opposition, composée en grande partie d'anciens alliés d'Aristide et de Préval, s'ériger en rempart contre toute velléité de garder les élections-pacifiquement, bien sûr. C'est là que l'aveuglement s'ajoute à la bêtise! La lutte pour de "bonnes" élections, pour un processus électoral crédible, sans heurt ni acrobaties artificielles, n'est pas seulement politique ou médiatique. Elle est d'abord procédurale, légale. L'attitude belliqueuse et provocatrice du président Martelly face à la classe politique et à l'opposition parlementaire a ressuscité leur discours et, partant, leur énergie politique. A la méfiance suscitée par le gouvernement, raidi dans une attitude fermée et ambiguë, les opposants ont su faire valoir la voie légale et discursive. Génératrice d'affrontements et de tiraillements, cette méfiance de plus en plus envahissante, visqueuse même, a renforcé en leur sein les tendances les plus radicales, qui ne voient de salut pour le pays que dans la tenue d'élections générales sans Martelly! Or, l'évolution de la société haïtienne depuis les dernières élections contestées de 2010-2011 était en passe de provoquer leur déconfiture complète. Discrédités par leur incroyable échec électoral orchestré sous l'arbitrage de l'étranger, ils sortaient gravement affaiblis et isolés. Il est probable que dans des élections réalisées l'année dernière ils auraient subi une défaite face aux candidats "Tèt Kale". Mais aujourd'hui, c'est par leur sens de l'organisation, leur connaissance du terrain et leur attitude désormais ouverte que les lavalassiens et alliés sont de nouveau le plus actifs, déterminés, présents, perspicaces. Pour ma part, depuis le début-et je ne crois pas être seul dans ce cas, c'est l'exemple funeste de nos précédents processus électoraux calamiteux qui me vient à l'esprit. Il y a mille moyens de prévoir l'avenir(en rose, en mode d'épouvante). La méfiance n'en est certainement pas un. Au contraire.