Partout ailleurs, quelqu'un qui répond à un appel te dit le plus simplement du monde « Allo », mot qui peut varier selon les langues. L'Haïtien lui, comme toujours, a une formule expéditive selon lui, « bondye Beni w », surtout lorsqu'on ne connaît pas le numéro de l'appelant, c'est sans doute un « apèl dyab » qu'il ne faut surtout pas répondre. Un agent de la Digicel donne un appel de bienvenue à un client se trouvant à Boucan Carré, quoique l'agent s'identifie, le client persiste à répéter « Bondye beni w » et le flot des psaumes commence. Dans la tête du nouveau client de la compagnie c'est un « apèl zonbi » et, le dimanche suivant, c'est sûr qu'il ira témoigner fièrement ses exploits dans son église (« il a expédié un appel zombi » ) et les «aleyouya» vont pleuvoir...Son mensonge aura le pas sur la vérité. L'heure surtout fétiche, par excellence, pour les Haïtiens est minuit. Faut surtout pas appeler quelqu'un à cette heure-là, même dans les cas d'urgence les plus extrêmes, on ne répond pas. Même mes amis, apparemment sains d'esprit, ne répondent pas à cette heure. C'est «l'heure diable». Mais on ne sait peut-être pas lorsqu'il est minuit en Haïti, il est déjà 6 h a.m. à Paris et que nos compatriotes haïtiens sont déjà dans le métro en route pour le boulot ou encore qu'à minuit nos frères et soeurs haïtiens reviennent du boulot à New York. Mais l'Haïtien en Haïti croit dur comme fer qu'à cette heure-là, il y a un géant aussi imposant que le gratte-ciel de Dubaï, un "mèt minwi" qui revendique cette heure « spéciale » . 5 ans de cela, j'étais en route pour le nord du pays en voiture privée, arrivé dans la vallée de l'Artibonite, de braves paysans cultivent leurs champs de riz. Un ami eut à me dire que ce sont tous des zombis. Tiens! Tiens! Tiens! Je demande soudain un stop, je voudrais bien donner une poignée de main patriotique à ces courageux «zombis» qui nourrisssent une bonne partie de la nation haïtienne, et que, pour la première fois j'aurais côtoyé ces êtres qui tiennent si longtemps notre imaginaire. Mais Non! Non! Non! Surtout pas de stop dans ces lieux et notre ami qui conduisait ne fait qu'accélérer. Et sur la route tous m'accusent de "moun ki pa janm kwè", je voudrais bien croire mais montre-moi quelques bonnes raisons d'y croire. Tout comme dernièrement, une rumeur a survécu quelques heures : Un volcan se serait mis en éveil à Carrefour...mais la presse a eu soin d'aller vérifier sur les lieux : ce n'était qu'une latrine non en fonction depuis quelque temps qui a explosé et de la fumée sortait de la terre. Mais le mensonge sans doute plus rapide que la vérité a eu quand même le temps de faire le tour de la planète. Ou encore ce fameux numéro "baka" qui appelle et si on répond on est mort subitement : franchement!. Un étranger à la Digicel m'a demandé si les Haïtiens y croient vraiment, j'étais gêné bien-entendu de lui répondre bien-sûr que OUI et un employé a eu le soin de se rendre en urgence dans les médias pour demander à mes compatriotes de ne pas croire à cette sottise. Il n'y a pas de numéro "baka", point final.