De par son inexpérience des affaires politiques et son passé de ''Sweet Micky'', l'entrée en fonction du président 'Tet Kale' le 14 mai 2011 avait suscité bien des remous au sein de la classe politique du pays. Parmi ces questions, plus d'un restait perplexe sur les défis qui attendaient l'élu des élections du 20 mars 2011. Des questions se posaient....celles qui avaient obtenu des réponses et d'autres sur lesquelles, il faudrait bien s'attarder encore. A dessein, certains se demandaient à tort ou à raison quelle serait la position du nouveau chef d'Etat face à l'amendement constitutionnel? D'autre part, il était question aussi du choix de son Premier ministre et de la composition de son équipe gouvernementale. Mais le plus important de tous ces questionnements était la planification des prochaines élections (fin d'année 2011) pouvant conduire au renouvellement du tiers du Sénat.
En dépit des préoccupations de la société civile et de la classe politique, beaucoup plus de voix s'élevaient pour une stabilité politique. Car les problèmes de reconstruction, de l'insécurité, du chômage, de modernisation et de consolidation des institutions publiques, du système politique, de décentralisation étaient autant de défis auxquels le nouveau président devait faire face. Ce qui explique que la nouvelle administration était dans l'obligation de réussir, particulièrement là où les autres dirigeants qui l'ont précédé n'avaient pas pu le faire. Mais de par son origine et ses limitations de toutes sortes, le dirigeant 'Tèt Kale' était- il en mesure de se hisser à la hauteur de la tâche qui lui est confiée.
Haïti, un pays fragile
Pays instable politiquement, Haïti, pour certains, particulièrement la communauté internationale, est considerée comme un Etat fragile. Quoique cette fragilité est, dans bien des cas, conditionée dans les grands laboratoires des amis de cette communauté internationale, mais c'est cette fragilité politique qui, depuis le départ forcé du président Jean-Bertrand Aristide le 29 février 2004, a conduit à cette force multinationale dans le pays. Et, depuis, en dépit des efforts apparents des gouvernements antérieurs et de la force onusienne (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haiti/MINUSTAH) forts de 10 000 hommes et de la Police nationale (PNH) sur le terrain, l'instabilité continue. Quand ce n'est pas un problème d'insécurité, scrutin frauduleux, c'est celui des élections en retard.
C'est ainsi, plus de deux ans après son investiture, l'élu du 20 mars 2011 fait face à de graves crises. Les crises économiques et sociales, aussi bien d'une gestion politique désastreuse qui remonte dès le tout début à l'arrestation du député Arnel Bélizaire, des dépenses folles provenant du trésor public pour de long déplacements du président à l'étranger, rumeurs autour des problèmes de nationalité du chef de l'Etat et corruption au sein de son administration sont autant de choses qui ont considérablement handicapé l'administration 'Tèt Kale'. À cela, s'ajoute la réalisation des prochaines élections sénatoriales, municipales et locales qui devaient avoir lieu à la fin de l'année.
L'alternance des dirigeants politiques
Beaucoup sont unanimes à reconnaitre que si on veut respecter l'alternance du pouvoir politique dans le cadre d'une stabilité démocratique, aussi bien qu'assurer la crédibilité des dirigeants, la nécessité qu'on organise des élections. Ce qui explique que les élections sont un passage obligé dans le procesuss démocratique. Non seulement il est question de les organiser honnêtement, mais surtout à temps. Car, ce simple mot d'élection est, aujourd'hui, devenu, nationalement et internationalement, une exigence. ''La propagation de la démocratie dans le monde compte parmi les grandes réalisations de notre époque, et ce, grâce aux élections qui rendent possible l'acte d'autodétermination envisagé dans la Charte des Nations unies''.
L'idée de l'alternance veut que « ce ne soit toujours pas les mêmes personnes qui commandent et les mêmes qui obéissent. Les capacités d'obéissance et de commandement doivent être en chaque citoyen ». Par contre, si les élections représentent le mode démocratique de désignation du personnel politique, « des urnes sortent trop souvent en Haïti des dictateurs, contempteurs de la démocratie ».
Depuis le départ de Jean Claude Duvalier en 1986, presque toutes les élections organisées dans le pays, quand elles n'ont pas été manipulées par la communauté internationale, elles ont toujours été orientées dans l'intérêt du parti au pouvoir. Mais cette année, au lieu d'organiser des scrutins 'champwèl' en leur faveur, il semblerait que l'équipe au pouvoir aurait accordé la priorité aux carnavals en lieu et place des structures pouvant permettre le bon déroulement des élections dans le pays.
Carnavals oui, autant de fois
Pour ne pas pouvoir organiser des élections à temps, l'éxécutif se cachait derrière les arguments que les dépenses d'un processus électoral sont coûteuses non seulement au trésor public, mais elles le sont aussi aux candidats, aux partis ou regroupements politiques. Mais qu'en est-il est des carnavals. Ils sont au nombre de quatre (cinq pour certains) en deux ans. ''Ceux qui adorent les ambiances mondaines, ne peuvent pas se plaindre ces temps-ci en Haïti. Le président Michel Martelly pense bien à eux. Car depuis sa prise de pouvoir, il y a déjà deux ans de cela, l'ancienne vedette de Sweet Micky s'investit avec joie dans une politique de divertissement sans précédent'' avait fait remarquer Osman Jérôme. Les festivités carnavalesques sont elles moins coûteuses et aussi importantes que les élections?
Définition de l'élection
Etymologiquement, le mot élection vient du verbe latin « eligere » et du substantif « electio » qui signifie choisir. Mais les professeurs de sciences politiques ou politologues vous diront que depuis l'époque contemporaine, l'ėlection a toujours été, si on veut toutefois respecter le jeu démocratique, l'un des principaux moyens pour accéder au pouvoir politique. Par définition, « elle est la désignation, par le vote d'électeurs, de représentants qui occupent une fonction, au nom de ces derniers. La population concernée transfère, par le vote de sa majorité, à des représentants ou mandants choisis, une légitimité pour exercer le pouvoir attribué à la fonction ainsi occupée, par le biais d'un contrat politique ».
On peut toujours l'appeler démocratie directe, libérale, participative ou représentative, dépendamment du pays ou du système politique en vigueur. Quoi qu'il en soit, il est un fait incontesté que les élections restent et demeurent une étape importante dans le processus démocratique.
L'heure est à l'urgence électorale
Ces élections sont d'une importance capitale en matière d'alternance démocratique dont Haïti et le peuple haïtien devraient en profiter. Mais aurait on des élections à la fin de cette année lorsqu'on sait que, le deuxième lundi (9) de septembre, les députés vont être en vacance. Il est vrai que l'exécutif peut, à n'importe quel moment, les convoquer à l'extraordinaire, mais ne serait-il pas trop tard pour organiser des élections. Selon Osman Jérôme ''Les prochaines compétitions électorales haïtiennes retiennent les attentions, occupent les débats et suscitent des inquiétudes. En effet, il a fallu tout un processus houleux pour camper la machine électorale qui doit organiser les élections sénatoriales, locales et municipales d'ici la fin de l'année. S'il y en aura bien entendu. Car jusqu'à présent, aucune date officielle n'est encore fixée''.
Peut-on retourner aux crises institutionnelles comme celles de 1991 et de 2004 et saper les efforts qui on été consentis dans le cadre du processus démocratique? Osman Jérôme pense que : « Aujourd'hui plus que jamais, la réalisation des prochaines élections sénatoriales et municipales à la fin de l'année est comme une épée de Damoclès sur la tête du gouvernement. D'ailleurs, le mot d'ordre est lancé ; élections ou démissions.»
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