Le mois de septembre n'a pas été une réussite. Le renvoi de la date officielle par le ministère de l'Education nationale a retardé la rentrée des classes parce que les établissements scolaires seraient occupés par les candidats à la session extraordinaire du bac ajournée à cause des corrections des épreuves de la session ordinaire qui ont traîné, laquelle session avait aussi été repoussée en raison des derniers événements... Le temps perdu ne s'est pas rattrapé. Des rumeurs d'insécurité menacent la réouverture : manifestations programmées et rues peu sûres. Le bas de la ville déborde ; les rues sont encombrées d'étalages de bouquinistes et d'acheteurs en quête d'une bonne affaire, et ce ne sont pas les voleurs qui manquent. La rentrée des classes fixée au mois d'octobre nécessite, à n'en pas douter, un ensemble de manoeuvres plus ou moins compliquées, imposées par la situation, et toute une gymnastique pour équilibrer les comptes des ressources et des charges des établissements scolaires. Tout est décalé, au grand dam des directeurs des écoles privées. Le ministère n'en a cure. La peur de revenir sur une décision ne donnerait-elle pas la désagréable impression qu'une fois de plus nous marchons à reculons ? Bon nombre d'enfants sortiront de partout avec leurs uniformes bigarrées: petits carreaux Vichy de toutes les couleurs ; écossais ; chemises et socquettes blanches ; pantalons et jupes marine ; maillots blancs avec logo ; rubans et barrettes 'gogo' flottant au vent qu'on regarde passer interminablement tout comme les papillons de la Saint-Jean. Les tout petits pleins d'enthousiasme ne sauront pas encore où ils vont et qu'ils vont entrer en contact étroit avec leur maîtresse d'école ! Les plus grands, sac au dos, feront connaissance avec Alphonse Daudet pour se lamenter sur les malheurs du « Petit Chose » et traverser avec lui les Jardins du Luxembourg ou encore se coltineront les dictées d'Anatole France, sources de beaucoup d'ennuis et de tracasseries avec les professeurs. Ces derniers, gonflés à bloc, devront se préparer à résister aux agressions des classes surchargées et dissipées, moutons de Panurge en bataille rangés autour des meneurs qui ont passé des consignes de chahut - car le professeur, c'est l'ennemi -, et c'est à qui se distinguera non par des assauts de politesse, mais par des éclats de rire intempestifs et des calembours qui ne passent pas la rampe. Qu'il est loin le temps où les écoliers réunis dans leurs paroisses respectives, le premier lundi du mois d'octobre, imploraient l'esprit d'amour et d'intelligence, de sagesse et de science d'ouvrir leurs petites cervelles et de les mettre en parfait état de réceptivité aux leçons que les bons maîtres se feraient le devoir de leur inculquer! Aussi le nombre de petits crétins n'a pas cessé d'augmenter. De leur côté, les parents entameront, avec joie, ce qu'il conviendrait d'appeler un «full time job» qui consiste, dans l'embarras de la circulation, à conduire leurs enfants à l'école le matin et à aller les attendre patiemment à l'heure de la sortie pour les ramener à la maison, encore heureux quand le rejeton n'a pas été recalé... Cherté de la vie. Le ministère, ayant constaté que le coût de l'instruction constitue une barrière pour les parents, a promis un train de mesures pour faciliter la réouverture des classes et des dispositions pour permettre que l'année scolaire soit une réussite. A la bonne heure!