L'Organisation des Nations unies(0NU) a annoncé avec une condescendance non diplomatique qu'elle ne présenterait pas (jamais?) d'excuses à la nation haïtienne, ce qui est, somme toute, compréhensible puisque le choléra est une plaie "collatérale", une forme insidieuse de cette "assistance mortelle". L'attitude "nationaliste" (isolée) de quelques groupes d'Haïtiens - y compris de la diaspora - pour allumer des contre-feux mérite une attention critique, d'autant plus instructive que le débat public sur le comportement - pour ne pas dire la perplexité - de nos dirigeants dans ce malheureux dossier a donné lieu jusqu'ici à un fâcheux festival de tartufferie. Comme l'ont fait en toute indépendance certaines entités scientifiques internationales, les origines du choléra qui, avec fracas, a apparu dans le Plateau central en octobre 2010, révèlent beaucoup de choses sur le monde insipide du protectorat onusien, sur l'indifférence des grandes puissances et, plus important, sur le fatalisme, la malédiction d'une petite nation abattue, misérable, sans berger. Etrangers et indigènes, les loups y règnent implacablement. Que pouvait-on attendre d'un gouvernement qui lui-même dépend des forces militaires et policières multinationales? De ce point de vue, le choléra est un fait divers. Ce fut pareil pour le précédent gouvernement. Cela dit, sur la question primordiale de savoir quand partira l'armada de l'ONU, on doit pouvoir donner la vraie réponse. Comment créer ensemble un vrai Etat, un Etat de droit suffisamment fonctionnel, au minimum? Chacun semble affecter d'ignorer qu'il y a un abîme entre la nécessité d'un rassemblement national de type patriotique pour résoudre la crise de la transition démocratique interminable et de l'Etat failli (sous protectorat) et les débordements de graves et séculaires problèmes de société ( pauvreté, analphabétisme, reboisement, centralisation, corruption). Et il est vrai, d'autre part que, sur la reconstruction, sur l'expansionnisme belliqueux de la République dominicaine, sur l'absence d'une vision nationale commune de l'après-MINUSTAH, le débat n'intéresse pas tous les secteurs de la nation haïtienne. Tous les déchirements entre Haïtiens sont contenus sinon écrasés par le seul grand problème de l'heure, de l'après-Aristide (1994,2004): l'instabilité (la hantise de ses ravages), encore elle, toujours elle. La dimension protectrice, tutrice de la présence des forces étrangères chez nous est également manifeste, grandissante. Elle ne joue pas un rôle innovant d'aiguillon et de génératrice de réformes "étatiques" (en tout premier lieu constitutionnelle); elle ne fournit aucune alternative radicale aux vieux démons de la mauvaise gouvernance qui nous rongent. Étrange protectorat! D'autant plus étrange que la nation haïtienne l'assimile à un mal nécessaire. D'autant plus étrange que le mandat de cette force de stabilisation ne correspond en rien à une éventualité de stabilité politique, de consolidation irréversible des institutions policière et judiciaire, de zéro choléra et encore plus d'Etat de droit véritable.