Il y a de cela deux ans, presque jour pour jour, le président Michel Martelly affrontait sa première grande crise suite à l'arrestation du député Arnel Bélizaire. Revenu d'une intervention chirurgicale et de vacances à Miami, le président avait su trouver les mots pour se tirer du pétrin. Deux ans plus tard, les professeurs de l'université d'Etat sont en grève alors que les douaniers viennent de reprendre le travail. Les avocats sont en grève, les parquets aussi alors que les prisons sont surpeuplées. Le climat pâtit d'une série de petits incidents, et en dépit du fait que l'administration Martelly-Lamothe fait beaucoup, elle est prise dans la nasse des difficultés du quotidien. Souvent, elle invente seule les pièges qui la retardent et l'éloignent de ses objectifs. Rarement gouvernement en Haïti a eu en main autant de moyens ces dernières décennies. Les millions se transforment en projets, mais le gouvernement est incapable de faire passer son budget devant les chambres ni d'avoir en place une Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif pleinement opérationnelle. Nous sommes dans le bricolage institutionnel. Pas une semaine sans l'annonce d'un remaniement ministériel. Pour ce qui est des élections, un matin on se réveillera dans de beaux draps entre le pré-calendrier électoral en application et le raidissement des principaux acteurs de la classe politique qui ne font pas confiance au gouvernement en place pour réaliser les prochaines élections. L'absence d'une loi électorale n'est qu'un point au tableau des difficultés qui s'amoncellent. Là encore, le climat, d'apaisement et d'engagement démocratique pourrait être meilleur. Sur le plan international, le gouvernement se trouve en porte-à-faux entre son principal partenaire, l'Organisation des Nations unies, et son premier voisin, la République dominicaine. Dans les deux cas, Haïti a des raisons de prendre des positions fortes que des ardoises nous empêchent d'exprimer. Sur l'armée, le choléra, la dénationalisation des Dominicains d'origine haïtienne, l'affaire des oeufs et des poulets et toutes les relations avec nos amis ou nos voisins, nous sommes mal pris. Il y a de cela deux ans, presque jour pour jour, le président Michel Martelly affrontait sa première crise suite à l'arrestation du député Arnel Bélizaire. Le président avait su trouver les mots pour se tirer du pétrin. Aujourd'hui, sur toute une série d'irritants, le président de la République doit trouver le ton et le discours qu'il faut pour expliquer à la nation où il veut l'emmener. Martelly doit être le roi Bruce, celui qui repart au combat après chaque défaite, ou sera le capitaine du Titanic, celui trop sûr de sa science et de la technique, qu'un iceberg finira par entraîner le beau et grand bateau vers le fond.