La solidarité des peuples en lutte pour leur émancipation politique et économique doit être permanente. Car ces peuples font face à un ennemi permanent, puissant. L'impérialisme utilise des “armes” d'une grande variété et de portée illimitée. C'est seulement en rangs serrés que les peuples peuvent prétendre neutraliser, déjouer et ultimement mettre en échec les assauts de cet ennemi.
Après plus de 52 ans, Cuba est toujours sous un embargo américain injuste et criminel. Cet embargo, qui s'apparente finalement à une tentative de génocide, est endossé par le président américain qui avait pourtant promis de revoir et de remettre en question cette politique. Vain espoir pour les progressistes américains qui ont supporté la campagne d'Obama.
C'est probablement aussi en vain que l'ONU vient de voter à 188 voix contre 2 pour la levée de cet embargo. C'est la 22e année consécutive que l'Assemblée générale de cette organisation internationale a adopté cette posture. Les États-Unis restent inflexibles. Le peuple cubain doit continuer à payer pour son choix d'une société plus équitable, d'une nation souveraine, libre et indépendante.
Après le Chili (1970-1973), après Cuba, le Venezuela se retrouve aujourd'hui, lui aussi, dans l’œil du cyclone.
Nous autres Haïtiens on nous abreuve à longueur de journée d'informations dirigées, erronées ou carrément fausses, concoctées par les médias et agences de presse de la “communauté internationale”, relayées par notre presse locale.
Si à l'occasion, le Venezuela et certains pays de l'Amérique latine sont mentionnés dans la presse haïtienne lors de signature d'accords entre ces derniers et Haïti, malheureusement rien n'a filtré à travers la presse locale sur la guerre engagée contre le peuple vénézuélien par les puissances économiques internationales et leurs alliés locaux.
L'échec sur le terrain électoral n'a point dissuadé les ennemis de la révolution socialiste bolivarienne: il ne faut pas que cet exemple pollue la région. Il faut mettre en échec cette façon originale des progressistes latino-américains et vénézuéliens de s'affranchir du joug de l'impérialisme et de son dernier-né, le néolibéralisme. Le capitalisme néo libéral livre une guerre à ce peuple sur un terrain plus subtil, plus long à gagner, mais une guerre tout aussi brutale et déshumanisante: la guerre économique.
Le plan consiste en la mise sur pied d'un processus de désapprovisionnement, créant ainsi une situation de pénurie. Ce plan est accompagné d'une campagne de désinformation interne et externe, qui cherche à créer des conditions subjectives et objectives pour justifier un coup contre la démocratie en renversant le gouvernement bolivarien.
A cela il faut ajouter deux armes de destruction massive : l'inflation et le dollar. Cette manœuvre à plusieurs niveaux (inflation-désapprovisionnement-dollar-média) prétend constituer un cercle vicieux qui accomplit la prophétie autoréalisatrice: une situation insoutenable pour que l'inévitable explosion sociale et la rébellion «populaire» aient lieu avec des bagarres et des morts pour la nourriture.
Lorsque la démocratie véritable s'exerce, les oligopoles privées ne sont pas totalement satisfaites, car elles ne supportent pas la démocratisation de l'économie. “Le Venezuela pour tous” proposé par la révolution bolivarienne est opposé aux patrons économiques que Caprilès défend. Le chavisme a réussi à marquer une ligne entre deux modèles, d'une part l'économie capitaliste (néolibérale) et d'autre part l'économie socialiste bolivarienne.
Personne ne nie le fait que la révolution bolivarienne a encore d'énormes défis économiques et structurels pour rendre durable ce projet émancipateur: une révolution fiscale, une gestion efficace et un changement de matrice de production. Non seulement ces politiques sont nécessaires, elles doivent freiner la guerre économique. Le jihad capitaliste-impérialiste contre le peuple vénézuélien n'a pas comme finalité immédiate d'améliorer son taux de bénéfice, mais plutôt d'avoir une grande rentabilité quant au pouvoir politique.
Ce jihad économique compte sur un épuisement des forces avant-gardistes de la révolution, une manipulation savante des classes moyennes lors des prochaines élections municipales pour faire un grand saut lors des législatives ou encore lors d'un référendum révocatoire en 2015. Pour cela, l'inflation est le mécanisme idéal, c'est comme un coup du marché pour remplacer les coups militaires qui ont traditionnellement renversé les gouvernements démocratiques.
Telle est la réalité que vit aujourd'hui le peuple vénézuélien et à laquelle est confrontée la révolution vénézuélienne. C'est pour cela que nous de Solidarité Haïti Amérique Caraïbe, demeurons vigilants.
La solidarité régionale agissante de la révolution socialiste bolivarienne est vilipendée par la droite vénézuélienne. Elle tente de l'utiliser comme une arme perverse pour mobiliser le peuple vénézuélien contre la révolution, argumentant que les “dirigeants actuels dilapident les ressources du Venezuela au profit des peuples de la région au détriment du peuple vénézuélien”.
On comprendra ainsi qu'une Haïti non solvable alimentera éventuellement l'arsenal de la contre-révolution vénézuélienne. Haïti ne saurait jouer ce rôle qui trahirait son passé de peuple solidaire à toutes les luttes émancipatrices de notre Amérique.
Aussi nous enjoignons aux dirigeants haïtiens de faire preuve de détermination en vue d'honorer les engagements d’Haïti vis-à-vis du Venezuela dans le cadre de l'accord de compensation- denrées alimentaires en lieu et place de remboursement monétaire.
Nous encourageons vivement tous les haïtiens, les hommes politiques, les journalistes, les directeurs et faiseurs d'opinion, les intellectuels, les citoyens à suivre de près ce qui se passe aujourd'hui au Venezuela. Car elle ressemble à une copie conforme de la situation qui a précédé le coup d’Etat contre le président socialiste Salvador Allende au Chili en 1973. (Coup d’Etat dont la CIA a finalement, en 2013, reconnu officiellement la paternité, – soit 40 ans après).
Vive la solidarité entre les peuples de notre Amérique!
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