Une odeur de poudre flotte dans l'atmosphère, le choc peut être rude. Déjà, les clignotants sont au rouge pour indiquer l’alerte de l’ère des contradictions.
Qui eût dit, 30 ans auparavant, que la république des notables allait céder le pas à la république des inconséquents et des inconsistants au point que l’ex-président Fernandèz, de la république voisine, a eu à marteler à haute et intelligible voix «QU’HAITI N’EST PAS UN ÉTAT».
De vouloir minimiser que le Conseil constitutionnel dominicain ait notifié à la Junte électorale la décision par laquelle il exige le retrait de la liste électorale des Haïtiens ou descendants d’Haïtiens nés sur le territoire voisin à partir de 1929, relève de la faiblesse de caractère et de l’imprévoyance des élites politiques qui nous gouvernent.
De 1929 au massacre de 1937, l’évolution historique des deux pays suffit pour préciser d’abord les mécanismes de l’exploitation du «bracero haïtien» dans les «bateys» dominicains, pour préciser, disons-nous ensuite, l’alliance politique, économique et même militaire créée par Trujillo et entretenue par ses successeurs, pour comprendre enfin qu’en appuyant publiquement la décision du Conseil constitutionnel, le président Danilo Medina a mis fin à la diplomatie fermée pour donner libre cours à la diplomatie ouverte.
Les tergiversations des autorités haïtiennes justifient aux yeux de la communauté nationale et internationale qu’Haïti est sous-représentée à tous les niveaux.
C’est dans ce contexte qu’une voix s’élève contre cette politique d’abdication de la diplomatie haïtienne en vue de réanimer les différents groupes d’opinion qui ont manifesté naguère leur indignation face à l’attitude raciste du gouvernement dominicain et à l’indignité de nos décideurs politiques.
A ce stade de l’espèce en litige, ne faudrait-il pas proposer la rédaction d’un «accord» axé sur le droit international privé traitant des lois internes, des normes administratives des deux pays et sur le droit international public traitant des rapports ou des relations entre les États et à partir des conventions, traités, accords signés et ratifiés, afin de mettre fin à cette controverse entre les deux peuples.
Malheureusement, l’histoire bégaie et même quand les faits ne sont pas totalement identiques à ceux de 1937, les grands mouvements politiques qui avaient contribué à saper le prestige, la popularité et la légitimité de Sténio Vincent se dessinent encore sous nos yeux.
Faut-il s'en remettre à une commission d’arbitrtage ?
Afin de mieux garantir l’avenir de ces centaines de milliers d’hommes et de femmes ayant droit aux privilèges octroyés par le droit public dominicain en vertu du «jus soli», l’opinion publique internationale et les instances internationales concernées statueront non seulement au regard de l’article 15 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme de 1938, de l’ONU, stipulant que : «Tout individu a droit à une nationalité», mais aussi au regard du chapitre IX de l’accord intervenu le 31 janvier 1938 portant règlement bilatéral entre la République dominicaine et Haïti à l’issue des regrettables événements survenus au cours des derniers mois de 1937, et ainsi libellé :
«Pour empêcher le retour de faits semblables à ceux exposés dans le préambule de cet Acte, les Haïtiens demeurant ou séjournant dans la République dominicaine jouiront de toute la protection que leur garantissent aussi bien les lois dominicaines que les traités existant entre les deux pays et le droit des gens. Il en sera de même des Dominicains demeurant et séjournant dans la République d’Haïti».
Ainsi, l’humaniste en se croyant solidaire des opprimés et des stigmatisés de chaque coin de notre planète a proposé de trancher le «nœud gordien», générateur des tensions et des séquelles du passé entre les deux peuples et reste confiant d’avoir offert les bases d’une entente cordiale et fructueuse pour aujourd’hui et pour l’avenir.
En attendant que le nécessaire soit fait, nous nous gardons, non par nationalisme mais par patriotisme, de traverser en territoire voisin.
Me Arthur V. Calixte, avocat
Conseiller juridique du «PUN» du 17 janvier 2005
Ex-député au corps législatif,
Ex-consul général d’Haïti à Montréal, Canada
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