La Journée mondiale du diabète fut introduite en 1991 par la Fédération internationale du diabète (FID) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en réponse à l’incidence croissante de cette pathologie qui prenait au fil des ans l’allure d’une épidémie planétaire. Elle est commémorée le 14 novembre, jour d’anniversaire de Frederick Banting qui, avec Charles Best, est le précurseur de la découverte de l’insuline en 1922 à Toronto, Canada. Elle est devenue le 20 décembre 2006 une des Journées officielles de l’ONU par l'adoption de la résolution 61/225 qui reconnaissait du coup le diabète comme « une maladie chronique, débilitante et coûteuse associée à des complications majeures qui engendrent des risques énormes pour les familles, les Etats et toute la planète ». Le slogan de la Journée mondiale 2013 est : « Diabète : protégeons notre futur ». Cette perspective prend toute son ampleur et sa signification quand elle s’inscrit dans le cadre des données épidémiologiques qui établissent le poids du fardeau que constitue ce trouble métabolique. En effet, le diabète est actuellement un problème majeur de santé publique qui n’épargne aucun groupe ethnique ou communauté. Plus de 371 millions d’individus en souffrent aujourd’hui dans le monde, 280 autres millions sont à haut risque de le développer alors que les projections chiffrent à 435 millions la population qui en sera atteinte en 2030. En Haïti, la FHADIMAC (Fondation haïtienne de diabète et de maladies cardio- vasculaires) estime que le diabète touche 7% de la population adulte de plus de 20 ans et que le pré-diabète (taux de sucre sanguins plus élevés que la normale mais plus bas que les taux nécessaires au diagnostic du diabète) en touche autant. Ces diabétiques, surtout quand ils sont mal traités, sont en proie aux complications dégénératives de la maladie touchant essentiellement : les yeux (rétinopathie), les nerfs (neuropathie), les reins (néphropathie), et les grosses artères (artériopathie des membres inférieurs, maladie coronarienne, athérosclérose cérébrale…). Jusqu’à 75% d’entre eux mourront d’un accident cardio-vasculaire, comme une crise cardiaque ou un « stroke ». Environ 50 % des décès imputables au diabète surviendront avant l’âge de 60 ans. Comment donc « protéger notre futur » contre ce fléau ? L’éducation et la prévention s’érigent comme les piliers qui soutiennent toutes les mesures de protection à prendre tant sur le plan individuel qu’en matière de santé publique. Un diabétique mal éduqué a toutes les chances d’être mal équilibré et d’aboutir à des complications invalidantes, tout comme une population non avisée ne saura utiliser à bon escient les outils de prévention contre la maladie. « Protéger notre futur », c’est agir dès aujourd’hui pour infléchir durablement la courbe de progression alarmante du diabète. A cet effet, les nouvelles rassurantes sont plutôt nombreuses : - D’abord, nous connaissons actuellement la majorité des facteurs de risque de développer le diabète de type 2, le plus fréquent (90 %) des 4 principaux types connus. S’il est vrai que pour le moment nous ne pouvons rien contre notre âge, notre race ou groupe ethnique et notre prédisposition génétique, les autres facteurs de risque sont modifiables par certains choix de vie qui permettront de prévenir ce type de diabète ou tout au moins d’en retarder l’apparition jusqu’à un âge beaucoup plus avancé. - L’application individuelle des mesures hygiéno-diététiques pour combattre ces facteurs de risque reste le passage obligé pour se prémunir contre le diabète. Les stratégies développées par les programmes nationaux de prévention visent essentiellement ces objectifs. - Ces modifications du style de vie peuvent réduire significativement le risque de développer le diabète de 58% chez les individus à risque. Des études menées aux USA, en Chine et en Finlande en ont indéniablement apporté la preuve. Elles ont aussi l'avantage d'être des mesures préventives contre d'autres pathologies cardio-métaboliques, comme l'hypertension artérielle, l'hypercholestérolémie [augmentation du mauvais cholestérol (LDL-Cholestérol) dans le sang], l'hypertriglycéridémie, et la baisse du bon cholestérol (HDL-Cholestérol) dans le sang. - La FADHIMAC peut vous aider à évaluer vos risques et à faire un meilleur choix de vie dans un but préventif, de même qu’elle propose toute une panoplie de services pour la prise en charge de votre diabète. Son staff travaille depuis quelques mois sur un projet dont vous parviendront bientôt les premiers échos. Ces facteurs de risque associés au diabète de type 2 sont principalement : une histoire familiale de diabète, le surpoids ou l’obésité, les mauvaises habitudes alimentaires (trop de produits sucrés, trop de graisses animales ou de fritures), plus de 250 mg /dl de triglycérides ou moins de 35 mg/dl de HDL-Cholestérol sanguins, le manque d’activité physique, l’hypertension artérielle, l’état de pré-diabète, une histoire de diabète gestationnel (diabète découvert pendant une grossesse), une alimentation pauvre au cours d’une grossesse, le syndrome d’ovaires polykystiques, le tabagisme, l’âge avancé, l’accouchement d’un bébé de plus de 9 livres, l’appartenance à certains groupes ethniques. Certains de ces facteurs ont une valeur plus prédictive que d’autres. Le risque de diabète est d’autant plus élevé qu’ils sont plus nombreux à s’associer chez un même individu. Tenant compte de ces facteurs et des particularités locales déjà exprimées à travers certaines études publiées par la FHADIMAC, se basant aussi sur d’autres formes d’évaluation du risque de diabète, notamment celle publiée récemment par la Fédération internationale du diabète, la FHADIMAC a développé un « Questionnaire d’estimation du risque de diabète de type 2 », qui sera à l’avenir mis à jour en fonction des données scientifiques recueillies à ce sujet (voir encadré). Il comporte 10 questions scorées avec un total de points évaluant la probabilité de développer le diabète de type 2 dans les 10 prochaines années. Les mesures hygiéno-diététiques préventives sont recommandées dès le score de 12 (risque au moins modéré). Par contre, une glycémie (dosage du sucre dans le sang) de dépistage du diabète est à pratiquer pour : - toute personne ayant 45 ans ou plus quel que soit son niveau de risque; - tout adulte de 30 ans ou plus avec au moins du surpoids (indice de masse corporelle ou IMC ? 25 kg/m²); - tout adulte de 30 ans ou plus avec un score de 7 ou plus (risque légèrement élevé ou plus). Bien entendu, en plus des personnes avec un score de 12 ou plus, les mesures hygiéno-diététiques s’appliquent aussi à toute personne remplissant les critères pour pratiquer une glycémie de dépistage. Ces mesures sont simples, même si elles sont souvent d’application difficile par le fait du coût de certains aliments, notamment les fruits et les légumes, et parce qu’elles doivent s’inscrire dans la durée pour être vraiment efficaces. Une règle d’or est d’y aller progressivement, par étapes, en se fixant à chaque fois des objectifs réalistes. Les recommandations suivantes aideront tout pré-diabétique à réduire significativement le risque de développer le diabète, ou tout diabétique avéré à obtenir un meilleur contrôle glycémique: 1) Maintenir un poids santé, c’est-à-dire un IMC entre 20 et 25 kg/m². Chez les sujets avec surcharge pondérale (surpoids ou obésité), la perte de 5 à 7 % du poids initial ou même celle de 10 à 15 livres indépendamment du poids initial fait beaucoup baisser le risque de diabète. La diète et l’exercice physique seront les outils à utiliser pour cette perte pondérale. 2) Activité physique. En plus de s’efforcer de bouger et de marcher le plus possible dans ses activités quotidiennes, le pré-diabétique ou le diabétique devra pratiquer régulièrement de l’exercice physique : au moins 30 minutes par jour d’exercice d’aérobie ("aérobic") d’intensité modérée (marche rapide, jogging, dance, vélo...), avec un total d'au moins 150 minutes par semaine, à répartir sur au moins 3 jours non consécutifs. Notons que 3 séances de 10 minutes sur la journée ont le même impact qu’une seule séance de 30 minutes. Les exercices de résistance (entraînement avec poids par exemple) peuvent s’adjoindre, 3 fois par semaine, à l’aérobic dont ils renforcent les effets bénéfiques. Pour ceux qui doivent maigrir, il faudra plus que 30 minutes d’exercice par jour. 3) Alimentation. Elle s’emploie globalement à réduire les sucres ajoutés, les aliments à Index glycémique élevé (haut pouvoir hyperglycémiant), les graisses animales ou saturées, les acides gras « trans » (huiles végétales hydrogénées), les fritures, et à limiter l’alcool et le sel, tout en privilégiant les aliments à haute teneur en fibres (surtout solubles) et en pectine, les viandes maigres, les poissons et fruits de mer, les produits laitiers pauvres en graisses, et les huiles végétales insaturées. Quelques conseils pratiques (non exhaustifs) pour chaque groupe alimentaire : Céréales et farineux : • Privilégiez : avoine, riz étuvé ("chodé"), riz brun, mais bouilli en grains ou en épi, blé, banane plantain verte, malanga, cassave, manioc, spaghetti complet, pâtes de blé entier, pain à grains entiers, pain multi-grains, pain d’avoine complète, céréales All Bran, légumineuses (pois, haricot, pois tendre, lentille, cassoulet…), graines moulues de lin (beaucoup de fibres: 30 g%), psyllium (Métamucil®...) Noix et fruits oléagineux : • Consommez-en tous les jours 1 à 2 portions : amande, cacahuète, pistache (ou mamba), noix (fruit du noyau), olive, avocat… • Attention aux calories. Légumes : • Consommez-en tous les jours 3 à 4 portions en choisissant des couleurs variées. • Privilégiez : légumes-feuilles verts (épinard, laitue, chou, chou-fleur, chou frisé, brocoli, asperge, céleri...) • Réduisez les quelques légumes à Index glycémique élevé : panais, navet cuit, fève cuite, potiron/giraumon, rutabaga, chou-navet, betterave. Fruits : • Consommez-en 2 à 3 portions par jour. • Privilégiez les fruits frais, riches en fibres et en pectine : pomme, prune, poire, fraise, orange, chadèque, nectarine, pamplemousse, pêche, myrtille (bleuet), framboise… • Réduisez : melon d’eau et datte, à cause de leur index glycémique élevé. Laits et produits laitiers : • Consommez-en 1 à 2 portions par jour. • Privilégiez les produits faibles en graisses : écrémés (non fat), skim, semi-écrémés (low fat). Privilégiez les yogourts non (ou low) fat sans sucre, les fromages allégés, le cottage cheese, les fromages « skim » ou « part skim ». Viandes : • Choisissez les viandes maigres : poulet, dinde et volaille sans la peau, veau, cabrit, morceaux maigres du bœuf (aloyau ou "sirloin", filet ou "tenderloin", flanc, T-bone...), morceaux maigres du porc (filet ou "tenderloin", côte ou "rib"). • Consommez du poisson 2-3 fois par semaine. Graisses : • Choisissez les graisses végétales (sauf les huiles de palmiste, de palme, de coco ou coprah, qui sont saturées). • Privilégiez les aliments riches en acides gras monoin-saturés : avocat, olive, les noix, mamba, huiles végétales de canola, d'arachide et de noisette. • Modérez les aliments riches en acides gras polyinsaturés : graine de tournesol et de lin, huiles de tournesol, de maïs, pépin de raisin, graine de coton, germe de blé, carthame, soja, et d'onagre. • Limitez les sources d’acides gras saturés ou trans : Shortening, beurre, margarine dure, huile végétale hydrogénée, crème, fromage gras, viande grasse, saindoux (mantèque), charcuterie grasse, friture, ?fritaille?… Desserts, sucreries, boissons sucrées • A consommer occasionnellement et en petites quantités. Ce sont en général des produits à calories futiles qui font grossir, augmentent les glycémies et les triglycérides sanguins, et sont dénués de hautes valeurs nutritives. • Privilégiez les produits sans sucres et pauvre en graisses. Edulcorants Ils sont utiles s’ils remplacent le sucre régulier et ne sont pas compensés par d’autres sources de calories • Edulcorants non nutritifs (aucune calorie) : acésulfame potassium, aspartame, cyclamate, sucralose, néotame, stevia… • Edulcorants hypocaloriques (polyols ou sucres-alcools) (0,2 à 3 calories par gramme) : sorbitol, xylitol, mannitol, maltitol, lactitol, isomalt… Ils sont surtout utilisés dans l’industrie alimentaire et pharmaceutique. Fructose ou lévulose C’est un sucre monosaccharidique comme le glucose qu’on trouve dans les fruits ou sous forme libre (en poudre, par exemple). Il y aurait un léger avantage à l’utiliser en remplacement du sucre de table en raison de son Index glycémique légèrement inférieur à celui de l’autre. Mais ses nombreux effets négatifs en cas d’utilisation importante (troubles digestifs, accumulation de graisses dans le foie, augmentation des triglycérides sanguins, diminution de l’effet de satiété…) nous appellent à la vigilance. En conclusion, tel un bon repas qui stimule les circuits de récompense du cerveau pour engendrer plaisir et satiété, les modifications du mode de vie, par leur formidable pouvoir de prévention du diabète et d’autres pathologies comme l’hypertension artérielle et les anomalies lipidiques, sont à l’évidence pourvoyeuses d’une meilleure santé, ouvrant davantage la voie vers l’accomplissement de soi et la réalisation de ses rêves ! La FHADIMAC s’estime heureuse de pouvoir vous servir et participer à votre bien-être ! Eddy Jean Baptiste, Directeur technique de la FHADIMAC Interniste, endocrinologue, nutritionniste.